Après Vaud et le Jura, le Valais s'est prononcé hier pour l'harmonisation scolaire en ratifiant le concordat HarmoS à la grande majorité des députés. Seule l'UDC s'y est opposée, et, suivant le mot d'ordre donné par le parti suisse, brandit la menace d'un référendum. La convention prévoit onze ans de scolarité obligatoire (dès l'âge de 4 ans), l'enseignement de deux langues étrangères en primaire, et des plans d'études par région linguistique. S'il est ratifié par dix cantons, il entrera en vigueur en 2014. Interview du chef du Département de l'éducation, Claude Roch.

Le Temps: L'UDC valaisanne lancera probablement un référendum. Un souci de plus pour le chef de l'Instruction publique au moment de défendre une série de réformes sur l'école valaisanne (loi sur le nouveau cycle d'orientation, la loi sur le statut de l'enseignant)?

Claude Roch: Non. Le référendum a des chances d'aboutir mais il aura juste pour résultat de légitimer la position du canton. Je tiens à rappeler qu'HarmoS concrétise une modification constitutionnelle qui, en 2006, avait été acceptée par le peuple suisse et valaisan à 80%. Par ailleurs, la convention avait ensuite fait l'objet d'une consultation élargie dans les cantons. Or, je remarque que l'UDC n'a pas répondu à la procédure de consultation à l'époque. Aujourd'hui, elle revient à la charge avec une certaine démagogie. Remarquez, cela aidera certainement pour le référendum.

- Le combat contre HarmoS est-il, selon vous, un alibi pour renforcer le rôle d'opposition engagé par l'UDC?

- Je ne sais pas. Mais j'avoue que j'ai un peu de peine à comprendre les réticences avancées par certains. Je ne comprends pas, par exemple, la position d'Oskar Freysinger. Il revendique généralement un certain modernisme sur ces questions-là. L'UDC dit vouloir une école forte. Mais c'est précisément ce que visent les chantiers en cours.

- Les opposants à HarmoS redoutent un «nivellement par le bas» des écoles valaisannes et, plus généralement, une «emprise plus grande de l'Etat» sur les enfants, au détriment de la famille? Que répondez-vous?

- Que nous n'assisterons en aucun cas à ce nivellement. Croire que nous sommes les meilleurs, c'est déjà un signe que nous régressons. En cela, les propos de l'UDC me font un peu peur. Concernant la scolarité obligatoire dès 4 ans, elle est déjà presque une réalité dans le Valais romand. Moins dans le Haut, c'est vrai, et je comprends les inquiétudes de certains parents, mais nous veillerons à ce que la période de transition se passe en douceur. Quant à l'horaire continu, c'est, à mon sens, une des exigences de notre société contemporaine. Combien de parents profitent de leurs enfants à midi? Je demande à vérifier sur le terrain. En faisant ses devoirs à la pause de midi à l'école, par exemple, l'enfant a plus de temps pour ses parents le soir.

- Des députés craignent des coûts élevés, notamment dans la formation du corps professoral pour l'enseignement de l'anglais en 5e primaire déjà, comme c'est prévu en Valais...

- Le coût est juste une résultante, et non pas l'enjeu essentiel de cette harmonisation. Nous ferons preuve de pragmatisme dans l'organisation de la formation continue chez les enseignants, dans notre Haute école pédagogique (HEP), en fixant les priorités de formation continue sur les langues au détriment d'autres disciplines. L'enseignement de deux langues étrangères, l'allemand puis l'anglais, très tôt, est une chance et un défi à la fois. Plus encore pour le Valais qui voudrait devenir un vrai canton bilingue. Ce sera aussi un des principaux objectifs du nouveau cycle d'orientation.