Avril 2006: les 3,5 millions d'expatriés italiens en âge de voter ont pour la première fois pu élire leurs représentants au parlement. Douze sièges de députés et six de sénateurs leur sont réservés. Parmi eux, trois «Suisses»: Franco Narducci (Unione) et Antonio Razzi (Italie des valeurs) ont décroché un siège à la Chambre des députés; Claudio Micheloni (Unione), au Sénat. Ce dernier évoque son expérience alors qu'en Suisse le débat autour d'une circonscription électorale pour les Suisses de l'étranger ne fait qu'émerger timidement (LT du 19.4.07).

– Quel poids les Italiens de l'étranger ont-ils au parlement italien?

– A la Chambre des députés, où la coalition du gouvernement a une majorité de 70 sièges, ils n'ont pas un poids déterminant avec les 12 sièges qu'ils occupent. Mais au Sénat, c'est différent puisque la majorité s'est faite à une voix près. Le vote de la diaspora italienne s'est révélé décisif en avril 2006, puisqu'il a permis, en donnant quatre sièges de sénateur sur six à l'Unione, de faire basculer le Sénat dans le camp de la coalition de centre gauche de Romano Prodi. C'est grâce aux Italiens de l'étranger que l'Italie est devenue gouvernable. Les médias se sont beaucoup intéressés à nous, mais ces élections ont surtout démontré que nous avions un réel poids politique à jouer au Sénat.

– Comment conciliez-vous votre vie en Suisse et votre mandat à Rome?

– Le système italien est clair: nous sommes tenus de résider dans notre circonscription. La mienne est l'Europe. J'ai donc toujours mon domicile hors d'Italie, en Suisse. Je travaille trois à quatre jours par semaine à Rome et, les jours restants, je «tourne» en Europe. Je passe donc environ une nuit par semaine «à la maison», ce qui est très peu.

– Mais êtes-vous aussi présent et actif que les autres sénateurs?

– Absolument. Les Italiens de l'étranger élus sont des parlementaires comme les autres. Nous n'avons pas de privilèges, devons participer aux travaux des commissions.

– En Suisse, l'idée de créer un cercle électoral pour nos expatriés est jugée peu réaliste, même par l'Organisation des Suisses de l'étranger. Qu'en dites-vous?

– J'avoue qu'avant d'être élu au Sénat, je n'étais pas un grand défenseur de ce collège étranger. Mais maintenant, je dois concéder que les Italiens de l'étranger apportent une nouvelle vision au parlement, salutaire, et basée sur leur propre expérience. Par exemple sur les questions d'immigration. Nous avons une grande écoute. Je dis d'ailleurs volontiers que je ne me suis jamais senti autant Suisse que depuis que je suis au Sénat italien! Mais notre présence au parlement profite davantage à l'Italie qu'aux Italiens de l'étranger. Ces liens sont notamment importants pour la promotion économique du pays, chose que la Suisse ne doit pas perdre de vue…

– Vous trouvez donc que la Suisse doit s'inspirer de l'Italie, même si les intérêts de nos expatriés sont déjà défendus par un groupe parlementaire pour les Suisses de l'étranger?

– Rien ne vaut une présence physique au parlement: ceux qui défendent nos intérêts ont souvent une vision un peu paternaliste. Depuis avril 2006, nous sommes parvenus en Italie à des résultats que nous n'aurions jamais eus avant. Plusieurs pays, dont le Mexique, nous sondent. La France a d'ailleurs un système un peu similaire avec ses 12 sénateurs de l'étranger. Mais pour revenir à l'Italie, n'oublions pas que nous avons entre 5 et 6 millions d'expatriés et que, si l'on compte les personnes qui ont des origines italiennes, le chiffre monte à 60 millions (ndlr: les Suisses de l'étranger sont eux au nombre de 645 000).

– Avez-vous en fait aussi la nationalité suisse?

– J'ai déposé une demande de naturalisation il y a un an et demi, avant que je sois élu au Sénat italien.