Le second projet de budget 2004 pour le canton de Genève a été présenté jeudi. Il prévoit un déficit de 392 millions de francs et un accroissement de la dette à 12,5 milliards. L'équilibre budgétaire est prévu à l'horizon de 2007. Malgré les efforts de Martine Brunschwig Graf, cheffe du Département des finances, pour réduire les charges de l'Etat, l'institut Standard & Poor's a baissé la notation du canton de Genève de A + à A. Entretien avec Christian Esters, analyste chez Standard & Poor's.

Le Temps: Quels sont les facteurs qui vous ont poussés à baisser la notation du canton de Genève?

Christian Esters: Il y en a plusieurs. D'abord, le canton de Genève enregistre un affaiblissement de sa performance budgétaire en 2003. Les revenus fiscaux ont diminué de 7% par rapport à 2002. De plus, 733 millions ont été payés à la Fondation de valorisation. L'augmentation des charges opérationnelles et des investissements est forte. Et la dette a progressé à 11,5 milliards.

– Au niveau des marchés, Genève aura-t-il plus de difficultés à effectuer des emprunts à des taux d'intérêt favorables?

– La réponse à donner n'est pas simple. La notation reflète la qualité du débiteur. Mais les conditions d'emprunt dépendent aussi de la liquidité du prêt et du contexte général des taux d'intérêt. Une baisse de la notation peut provoquer une augmentation des taux d'intérêt lors d'un emprunt, mais ce n'est pas une règle absolue.

– La perspective de Standard & Poor's pour Genève est passée de «négative» à «stable». Qu'est-ce que cela signifie?

– Nous prévoyons que la notation sera stable durant les deux prochaines années. Nous nous basons sur le projet de budget 2004 et sur le plan quadriennal qui prévoit l'équilibre budgétaire en 2007. A ce sujet, nous estimons que la dette ne progressera pas aussi fortement qu'en 2003.

– Le canton devrait voir sa dette augmenter à 13,5 milliards à fin 2007. Certains pensent qu'elle pourrait même atteindre 15 milliards. Cette situation est-elle préoccupante?

– La notation actuelle inclut une progression légère de la dette, comme prévu dans le plan quadriennal. Si celui-ci est respecté, il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

– Genève se situe maintenant au même niveau que Vaud, mais avec une fiscalité nettement plus dynamique. Jugez-vous malgré tout Genève plus apte à redresser la barre?

– Le poids de la dette est actuellement plus élevé dans le canton de Genève que dans le canton de Vaud. Même si la fiscalité est plus dynamique à Genève, ce dernier doit diminuer davantage sa dette que Vaud. Ainsi, sur une période de deux ans, aucun de ces deux cantons ne possède l'avantage sur l'autre.