Fribourg veut étendre sa police de proximité à l'ensemble du territoire cantonal. Satisfait de l'expérience pilote menée depuis 2004 dans l'agglomération de la capitale, le Conseil d'Etat estime que la création de ce nouveau corps cantonal permettra d'améliorer le sentiment de sécurité des habitants et la lutte contre la petite délinquance, tout en préservant l'unité de la force publique. Cette décision gouvernementale répond à une motion des députés PDC Charles de Reyff et Christian Ducotterd.

Le Temps: Le Conseil d'Etat étudie un projet de police de proximité pour tout le canton. Quelles en sont les grandes lignes?

Erwin Jutzet: Nous avons commandité deux rapports (interne et externe) pour évaluer l'expérience menée dans le Grand-Fribourg. Sur cette base, le Conseil d'Etat a décidé de créer une véritable police de proximité cantonale, qui côtoiera les forces mobiles. Le but est de disposer d'agents proches de la population, qui patrouillent dans les quartiers d'habitations. Ils accompliront une tâche complémentaire aux unités mobiles.

- Outre la motion PDC, deux autres interventions parlementaires sont actuellement pendantes, qui demandent de renforcer les compétences des polices communales. Pour quelles raisons le gouvernement préfère-t-il cantonaliser la police de proximité?

- Nous ne cantonalisons pas la police de proximité, nous voulons simplement l'élargir sur l'ensemble du territoire cantonal. Contrairement à d'autres cantons, Fribourg n'a jamais abrité des polices communales disposant de compétences étendues. Il en existe dans quelques villes (Fribourg, Bulle, Villars-sur-Glâne), mais elles s'occupent avant tout de tâches comme le contrôle des habitants ou des stationnements de voitures. Plutôt que d'élargir leur champ d'action, nous préférons généraliser les agents de proximité. Fribourg a de tout temps préféré miser sur la police cantonale comme seule entité susceptible d'assurer la sécurité. Des voisins comme Berne ou Neuchâtel nous ont pris comme exemple pour leur réforme. Nous n'allons quand même pas revenir en arrière maintenant. Une partie des agents locaux seront intégrés dans cette nouvelle police de proximité. Les autres continueront d'assumer certaines tâches. Mais nous devrons redéfinir leur rôle.

- En quoi la police de proximité est-elle une nécessité dans le canton de Fribourg?

- La violence et les incivilités sont plutôt en augmentation, les habitants de certains quartiers se sentent de moins en moins en sécurité. Nous devons redonner un sentiment de confiance à ces gens, leur montrer qu'on s'occupe de leurs problèmes. La police de proximité est là pour remplir cette mission.

- Quel effectif est prévu pour ce nouveau corps? Par qui sera-t-il financé?

- J'ai insisté pour que l'on augmente le nombre de policiers de manière significative. Il y aura dans un premier temps 38 agents. Cela représente une dépense nouvelle de 3,8 millions de francs par an. En ce qui concerne les équipements, les locaux existants seront suffisants et seuls des véhicules supplémentaires devront être achetés, pour un prix estimé à un demi-million de francs. Le Conseil d'Etat est d'avis qu'il faut répartir le financement entre canton et communes, selon une clé à définir.