La surveillance du marché de l'emploi est lacunaire et peu efficace. Tel est le constat de la Commission genevoise d'évaluation des politiques publiques (CEPP), qui s'est penchée sur les contrôles effectués par les commissions paritaires cantonales pour éviter le dumping salarial. Résultat, 80% d'entre elles n'effectuent jamais de vérifications, et celles-ci sont très inégalement réparties selon les secteurs d'activité. De plus, les sanctions sont rares et la sous-enchère salariale «présente, mais difficile à estimer», conclut l'enquête. Comment répond François Longchamp, le ministre radical de l'Emploi?

Le Temps: La CEPP conclut que les commissions paritaires ne remplissent pas leur tâche de contrôle de manière satisfaisante. Qu'en pensez-vous?

François Longchamp: D'abord, l'étude démontre que la situation varie beaucoup d'un secteur à l'autre. Et relève le bon travail effectué dans le domaine du bâtiment. Cet exemple doit servir aux secteurs qui montrent plus de faiblesses, même s'ils ne connaissent pas tous les mêmes réalités. Je pense à la banque ou à la petite enfance par exemple.

- Vous relativisez, mais 80% des organes ne font aucun contrôle. Cela montre que le système est bancal...

- Non, car certaines commissions attendent d'être saisies de plaintes pour lancer une procédure, et une bonne partie d'entre elles ne sont jamais sollicitées par les employés de leur secteur. Je n'en déduis pas pour autant que les gens ne savent pas se défendre. Les commissions paritaires ne constituent d'ailleurs qu'un des éléments du dispositif de cadrage du marché de l'emploi. Il faut notamment y ajouter les prud'hommes.

- L'Etat ne supervise pas le travail de ces commissions. N'est-ce pas son rôle de se montrer plus actif?

- La Suisse a choisi depuis des décennies un système fondé sur le partenariat social. Cela signifie que l'Etat, à l'inverse de la France par exemple, donne un rôle essentiel aux syndicats et au patronat. Ce modèle est l'un des atouts de notre pays, et je ne pense pas que l'Etat doit se substituer aux acteurs du terrain. Edicter certains usages serait déjà de trop. Si le système montre certaines failles, c'est aux partenaires sociaux d'y remédier.Néanmoins, cela ne m'empêche pas, lorsque le dialogue social est au point mort, d'intercéder pour le rétablir. Comme je l'ai fait, très exceptionnellement, lors du conflit dans le secteur de la construction.

- L'an prochain, les Suisses voteront sur les Bilatérales. Les autorités ont toujours fait valoir qu'il y aurait des garde-fous suffisants pour éviter le dumping salarial. Il semblerait que ce ne soit pas le cas. Que comptez-vous faire pour y remédier?

- Depuis l'entrée en vigueur des accords bilatéraux, nous avons engagé à Genève huit contrôleurs supplémentaires pour garantir la qualité des tâches confiées à l'Etat. Et j'ai souhaité qu'ils concentrent leurs efforts sur le travail au noir. Quant aux partenaires sociaux, j'ai invité la commission à leur présenter son rapport début juin. Je ne doute pas qu'il permettra une prise de conscience accrue. Car il est hors de question de choisir un système hyperétatisé. Je crois fermement aux vertus du partenariat social et aux conventions collectives, bien préférables à des législations tatillonnes et éloignées des réalités.