Après l'humiliation subie le 1er Août sur le Grütli par Samuel Schmid, le journaliste Hans Stutz appelle les autorités, politiques et policières, à appliquer la loi, notamment lors de débordements occasionnés par l'extrême droite.

Le Temps: Quelle a été votre réaction, quand vous avez appris ce qui s'était passé sur le Grütli le 1er Août?

Hans Stutz: C'était attendu: tant le nombre d'extrémistes que leur comportement ne m'ont pas surpris. Ils avaient prévenu que les propos «hostiles» tenus par Samuel Schmid seraient contrés. La Commission du Grütli, organisatrice de la célébration, a été beaucoup trop naïve. Il aurait fallu renoncer. Aux yeux de certains, ç'eût été un désaveu. Mais dans les faits, ce sont maintenant les «crânes rasés» qui règnent sur le Grütli. Et je crains que l'an prochain ils ne soient plus nombreux. La Confédération peut-elle se permettre de tenir des festivités en sachant qu'elles sont désormais prises en otage par l'extrême droite? J'ai été surpris, en revanche, par la passivité de la police face aux extrémistes qui ont défilé à Brunnen sur le chemin du retour, alors même qu'il leur était interdit de manifester.

– A propos, certains estiment que les forces de l'ordre sont systématiquement plus indulgentes envers les extrémistes de droite que vis-à-vis de ceux de gauche…

– C'est l'impression que ça donne. Faute de constat objectif, une hypothèse consiste à dire que parmi les militants d'extrême droite, bon nombre n'ont pas peur de la confrontation. Contrairement à d'autres? C'est une question plus qu'une affirmation.

– Plus généralement, faut-il prendre l'extrême droite comme davantage qu'une menace pour le 1er Août?

– Ces mouvements restent marginaux. Mais il ne faut pas sous-estimer les angoisses qu'ils inspirent, notamment chez des minorités nationales, ethniques ou religieuses. Dès lors, il y a un réel problème de société, d'où la nécessité de mesures politiques. Il s'agit moins de renforcer l'appareil législatif que d'appliquer, enfin, la loi existante à la lettre. Exemple? Les skinheads organisent régulièrement des concerts au cours desquels la loi contre le racisme est violée: des chants sont entonnés qui prônent entre autres «l'élimination de tous les Noirs en Europe». Or personne n'intervient. La police se contente de faire des contrôles à l'entrée.

– Bref, le problème est sous-estimé…

– Tout dépend par qui. Effectivement, un parti comme l'UDC se distancie officiellement de l'extrémisme mais cherche simultanément à légitimer idéologiquement certaines positions. Et il existe des contacts entre certains adhérents du parti et les groupuscules, ce qui a été observé sur le Grütli. Un membre de l'UDC, présent le 1er Août, a cautionné «le chahut» dont a fait l'objet Samuel Schmid.