Le journaliste auteur du film sur l'éviction de Blocher qui sera diffusé dimanche par la TSR réagit très vivement aux critiques qui lui ont été adressées par Christophe Darbellay (LT du 30.04.08). Entretien.

Le Temps: Que répondez-vous à Christophe Darbellay, qui vous accuse d'avoir fait «du journalisme à deux balles» en l'instrumentalisant au service de votre thèse de plan secret?

Hansjürg Zumstein: Ce n'est pas sérieux! A dessein, j'ai soigneusement choisi mes mots. Je ne parle pas de «plan secret», mais «d'opération secrète». La distinction est importante. Le seul qui parle de «plan secret» dans ce film, c'est Fulvio Pelli. Le «plan secret», c'est ce qu'a dénoncé l'UDC pendant la campagne, l'été dernier, en prétendant que Christoph Blocher était menacé. Moi, je n'ai jamais été partisan de la thèse du complot.

- Pourtant, votre documentaire est qualifié de «tendancieux», de film à thèse. - C'est Christophe Darbellay qui leprétend. Un des plus grands experts en matière de médias en Suisse, l'ancien président du Conseil suisse de la presse, Peter Studer, a analysé ce documentaire. Iln'y voit pas de thèse. Mais, au contraire, une enquête qui revient sur des faits. Lui-même critique Christophe Darbellay, qui n'assume pas ses déclarations.

- Reconnaissez-vous des erreurs factuelles?

- Pas du tout. Il y a une scène de 15 secondes, où l'on voit Mme Widmer-Schlumpf donner son portable à une autre personne dans le train pour Berne, pour laquelle j'aurais pu écrire le texte de la voix «off» de façon plus claire, afin qu'il soit évident que ce n'est pas Ueli Maurer qui appelle à ce moment précis. Pour le reste, il n'y a pas d'erreurs. Mon objectif n'a jamais été de faire croire au complot ou à la trahison, mais de montrer comment les différents acteurs ont réussi à garder le nom «Widmer-Schlumpf» secret jusqu'à ce fameux mercredi matin.

- Avez-vous le sentiment que les personnes que vous avez interrogées, le président du PDC Christophe Darbellay, la cheffe de groupe du PS Ursula Wyss et son homologue des Verts Therese Frösch, étaient réellement les acteurs clés de l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf?

- Ils montrent comment ils ont agi. Ont-ils joué le rôle le plus important? Disons qu'ils sont des acteurs clés parmi d'autres, comme le PDC Urs Schwaller et les socialistes Andrea Hämmerle, Alain Berset ou Christian Levrat. Mais je cherchais en premier lieu des germanophones.

- Christian Levrat et Alain Berset parlent très bien allemand.

- C'est vrai, mais je voulais quelqu'un qui apporte une couleur un peu différente, une femme par exemple. J'ai choisi Ursula Wyss pour plusieurs raisons. Elle s'exprime d'ailleurs extrêmement bien et donne un éclairage très intéressant. L'important, c'est que tous ces interlocuteurs détaillent leur action. S'ils prétendent aujourd'hui, comme le fait M. Darbellay, qu'ils ont joué un autre rôle que ce qui qu'ils ont indiqué dans le film, c'est leur problème. J'ai accueilli leurs déclarations comme ils les ont faites. Et Ursula Wyss le dit: «J'en assume chaque mot.» Ces élus reconnaissent d'ailleurs que le 12 décembre découle d'une opération très brève, et non d'une longue manœuvre planifiée.

- Vous sentez-vous instrumentalisé par l'UDC, qui a utilisé votre film pour lancer la procédure d'exclusion d'Eveline Widmer-Schlumpf?

- Bien entendu que j'ai été instrumentalisé. Je ne m'attendais vraiment pas à cela. L'UDC ne prend en considération qu'une toute petite partie du film, qui reflète une contradiction entre les propos du PS et ceux d'Eveline Widmer-Schlumpf sur les contacts qu'ils ont nourris. A noter que cette contradiction était connue depuis l'élection. A mes yeux, c'est anecdotique. J'insiste: l'important était de montrer la dynamique et le déroulement de la manœuvre au public. Je travaille pour des téléspectateurs, pas pour un parti. Et à mon sens, il y a eu une élection démocratique. Pas de complot ni de trahison. «L'éviction - l'opération secrète contre Blocher». TSR1, dimanche 4 mai à 21h15, suivi d'une émission spéciale d'«Infrarouge», en présence d'Eveline Widmer-Schlumpf.