Confronté à un taux de chômage élevé (7%), le canton de Genève doit revoir sa manière de gérer son chômage. C'est en substance la condition que pose – dans un courrier que Le Temps a publié (LT du 16.02.2004) – le chef du Département fédéral de l'économie, Joseph Deiss, pour que la Confédération accorde aux Genevois une nouvelle dérogation à la loi fédérale sur le chômage. Une dérogation permettant l'octroi d'indemnités fédérales de 520 jours au lieu des 400 prévus. Chef de la Direction du travail au sein du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), Jean-Luc Nordmann donne son appréciation du cas genevois.

Le Temps: La Confédération a posé plusieurs conditions pour octroyer à Genève une nouvelle prolongation de la durée d'indemnisation selon la loi fédérale sur le chômage. Quelle est votre appréciation de la situation genevoise?

Jean-Luc Nordmann: Ce qui pose problème à Genève, ce ne sont pas seulement la politique et les règles relatives aux emplois temporaires cantonaux. D'un commun accord avec les autorités genevoises, nous avons défini un potentiel d'optimisation. Ce dernier sera mis en œuvre.

– Concrètement, que demandez-vous?

– Les emplois temporaires cantonaux n'ont clairement pas pour seul but de réinsérer. Ils servent aussi à prolonger l'octroi des indemnités fédérales de chômage. Ils risquent d'induire un chômage de durée illimitée. Par ailleurs, des restructurations sont nécessaires au niveau des Offices régionaux de placement. Il faut une flexibilisation du personnel. Quand le chômage baisse, il faut aussi que les effectifs de ces ORP baissent en proportion.

– La Confédération demande aussi à Genève de «mettre un accent particulier sur la mobilité géographique des assurés…

– Effectivement, les Offices genevois de placement doivent être plus contraignants. Si un Genevois cherche un travail et ne souhaite pas se déplacer hors de son environnement proche, il faut l'inciter à aller voir aussi ailleurs. Selon la loi, un déplacement de 2 heures pour l'aller et de 2 heures pour le retour du travail est convenable.

– Dans sa lettre adressée le 11 décembre dernier au conseiller d'Etat genevois Carlo Lamprecht, Joseph Deiss demande au canton d'établir un catalogue de mesures concrètes pour améliorer la situation. Celles-ci ont-elles été prises et permettront-elles une prolongation de la durée d'indemnisation?

– Les effets de la prolongation des indemnités fédérales (ndlr: Genève bénéficie déjà de sa deuxième prolongation de six mois) doivent être mesurés pour voir si celles-ci ont permis de mieux réinsérer. Nous nous baserons donc sur le rapport établi par Genève pour traiter la demande genevoise.

– Malgré les conditions posées par Berne, la Confédération va-t-elle néanmoins prolonger la durée d'indemnisation pour Genève?

– Il faudra attendre ce rapport des autorités genevoises vers fin mai. Je suis optimiste de voir les premiers effets produits par les mesures exigées.

– Genève a toujours un taux de chômage sensiblement supérieur à la moyenne suisse. Comment l'expliquez-vous?

– Les emplois temporaires cantonaux poussent de toute évidence le taux de chômage vers le haut. Mais Genève, c'est comme la Suisse romande et le Tessin. Le chômage y est plus important qu'en Suisse alémanique. A Genève, le voisin français n'a pas la même force économique que des régions telles que le Bade-Wurtemberg. Les échanges de biens et services y sont dès lors moins nombreux.