S'unir pour exister. Les offices du tourisme des principales villes de la plaine du Rhône ne coupent pas la politesse aux députés, qui débattront de la nouvelle loi sur le tourisme la semaine prochaine, mais s'engagent dans le débat de la révolution touristique qui s'annonce à leur manière. En affichant leur intention de fédérer leurs offres. L'an dernier déjà, Sion, Sierre et Martigny ouvraient la voie avec un forfait commun. Elles sont aujourd'hui rejointes par Saint-Maurice, Viège et Brigue. A l'avenir, la plaine du Rhône «ne se contentera pas d'être le gui sur le chêne de l'activité touristique», dit Jean-Marc Jacquod, directeur du tourisme sédunois.

Le Temps: Fédérer le tourisme en plaine c'est offrir la carte d'un «autre Valais», dites-vous. Jusqu'à présent, les villes étaient-elles condamnées à manger les restes du tourisme de montagne?

Jean-Marc Jacquod: Oui. On peut dire que la plaine dans son ensemble est restée dans l'ombre du tourisme de montagne. Mais il faut reconnaître que c'est de notre faute, à nous responsables touristiques. Jusqu'à présent, nous menions une politique de promotion passive, par rapport aux stations qui distillent un marketing incisif. A notre décharge, les habitudes du touriste ont changé. Pendant longtemps il se limitait à faire du ski en hiver et des balades en été. Aujourd'hui, il papillonne, il est plus curieux. L'offre s'est aussi développée. Le secteur de la vigne et du vin, par exemple, est devenu un de nos produits-phares. Or, les encaveurs ne font pas du tourisme depuis vingt ans.

- Vous militez pour une offre globale et cohérente entre les villes, unies au fil du Rhône. Dans les faits, comment le touriste en ressentira-t-il les effets?

- Nous proposerons des forfaits communs. Et notre communication sera regroupée, axée sur les thèmes qui nous réunissent, soit la nature, l'art et la culture, le terroir, les sports et loisirs, les événements et le shopping. Le but n'est pas de remplacer les brochures de Valais Tourisme ni des régions, juste de proposer une offre pertinente. C'est à nous de maîtriser la communication autour de ce qui nous fait exister. Les villes sont plus qu'une simple alternative aux stations quand il pleut.

- Pourquoi cette démarche, aujourd'hui, à quelques jours des débats en plénum sur la nouvelle loi?

- Notre action part du terrain. Elle n'a pas été initiée par des enjeux politiques. Même si la loi a effectivement accéléré les choses. Nous sommes au guichet tous les jours. Et nous avons constaté que la clientèle sollicitait une offre par thèmes, sans se préoccuper de contingences géographiques. Les touristes qui font l'effort de descendre des stations pour une activité font sans problème quelques kilomètres de plus pour aller au musée. En fait, ils ont une vision globale de la région qu'ils visitent.

- Regrouper la communication, fédérer l'offre, s'unir pour exister: votre discours se calque sur la future loi qui propose de découper le canton en quelques grandes régions. La plaine en serait donc une?

- Cela doit en tout cas être envisagé comme une des variantes possibles. En revanche, nous ne pouvons pas prendre une position politique commune. Saint-Maurice n'a pas la même approche que Sion, qui n'a elle-même pas la même approche que Brigue. Si la région «plaine» ne voit jamais le jour, notre volonté de regroupement et le message qui en ressort auront au moins contribué au débat.

- A titre personnel, êtes-vous favorable à la loi?

- Le projet de loi a ceci de convaincant qu'il contraint les communes à choisir: gérer elles-mêmes leur office du tourisme ou en confier la complète gestion à une région.