L'annonce mercredi par le Conseil d'Etat neuchâtelois de ne pas opposer de contre-projets aux initiatives fiscale et pour la famille a surpris beaucoup de monde. Par ce rejet, le Conseil d'Etat accepte le risque de voir le peuple accepter les actions des deux courants contre son avis, puisqu'il propose un rejet général. Un risque qui pourrait peser sur les comptes de l'Etat pour plus de 100 millions de francs. Le point avec Jean-Nathanaël Karakash, président du Parti socialiste neuchâtelois (PSN) et député au Grand Conseil.

Le Temps: Quelle a été votre réaction à la décision du Conseil d'Etat?

Jean-Nathanaël Karakash: Très surpris. D'une part, parce que ce contre-projet nous avait maintes fois été promis. Et ensuite, parce que je me demande comment on peut travailler une année pour arriver à rien. Si le gouvernement a mandaté des services pour travailler sur un éventuel contre-projet, il a bien fallu qu'il leur donne des lignes directrices acceptables pour tous. Le budget 2003 étant dans la cible de la planification financière, je ne vois donc pas pour quels motifs le gouvernement a opéré un tel revirement. Le gouvernement a attendu beaucoup trop longtemps pour qu'il puisse se permettre d'arriver les mains vides!

– Pourrait-on imaginer que le gouvernement manque de confiance dans ses prévisions budgétaires?

– J'ose espérer que ce n'est pas le cas. Toutefois, si les prévisions pour les comptes 2002 sont si mauvaises qu'on nous le laisse entendre, je peux comprendre la décision du Conseil d'Etat concernant les initiatives. Mais si la situation s'est véritablement péjorée durant cette année, alors le budget 2003 doit aussi être révisé. Il est clair que nous allons demander des précisions sur certains points du budget au Conseil d'Etat.

– Le Conseil d'Etat a expliqué qu'il avait élaboré un texte, mais que celui-ci n'était pas suffisamment fort pour provoquer l'adhésion des familles politiques.

– C'est vrai, ce document existe. Mais nous n'en connaissons malheureusement pas les détails. Nous allons donc en demander copie, ce qui ne devrait pas poser de problème, considérant que les députés ont droit d'accès à tous les éléments dont dispose le gouvernement pour opérer ses choix.

– Quels enseignements tirez-vous de cette décision?

– Que le fameux consensus neuchâtelois s'étiole, parce que le gouvernement ne peut plus l'assumer. Par le passé, l'exécutif était composé de personnalités fortes, capables de s'entendre sur des projets. Ils parvenaient ensuite à convaincre leurs groupes de les accepter. Je constate aujourd'hui que ce n'est plus le cas, notamment pour le parti libéral. Dans le cadre du débat sur l'imposition des successions, la conseillère d'Etat Perrinjaquet, n'a pas réussi à obtenir une seule voix parmi les députés de son propre parti pour soutenir certains amendements du gouvernement. Est-ce une stratégie programmée ou est-ce parce que le représentant de l'exécutif n'arrive pas à convaincre? Dans les deux cas, il y a rupture de dialogue.