L'aide d'urgence à laquelle les requérants d'asile déboutés d'office peuvent prétendre (art. 12 de la Constitution) n'en finit pas de remuer les esprits. Le 10 novembre, le Tribunal administratif soleurois déclare qu'elle peut être refusée à des individus qui ne dévoilent pas leur identité. Cinq jours plus tard, le Tribunal administratif du canton de Berne admet au contraire le recours de personnes frappées d'une décision de non-entrée en matière (NEM) auxquelles avait été refusée l'aide d'urgence pour défaut de coopération. Christoph Blocher attend maintenant du Tribunal fédéral qu'il uniformise la pratique. Déçu par la récente décision du tribunal de son canton, le Parti radical bernois se mêle au débat. A travers une motion, il exige du conseiller fédéral qu'il édicte rapidement des bases légales pour exclure les personnes frappées de NEM (et déjà privées de l'assistance sociale depuis le 1er avril) de l'aide d'urgence si elles ne coopèrent pas à leur renvoi. Explications de Johannes Matyassy, président du PRD bernois.

Le Temps: Pourquoi lancer une telle motion avant le verdict du Tribunal fédéral?

Johannes Matyassy: Car il est urgent de réagir et nous ne savons pas quand le TF rendra sa décision. Ne rien faire contre la décision du Tribunal bernois revient à promouvoir le tourisme de l'asile: des requérants déboutés non coopératifs viendront chez nous pour percevoir de l'argent plutôt que de rester dans le canton de Soleure… Avec notre motion, nous espérons que le Grand Conseil bernois adopte une initiative cantonale en décembre et qu'elle puisse ensuite être transmise au Conseil des Etats qui traitera de la loi sur les étrangers au printemps 2005. J'ai transmis mardi le texte de la motion au PRD Suisse, qui l'a lui-même envoyé à nos sections cantonales. Mardi prochain notre groupe parlementaire traitera de l'aide d'urgence. Il pourrait décider de déposer une motion qui irait dans le sens de notre demande…

– A en juger par le texte de votre motion, vous cherchez davantage à décharger financièrement les cantons (ndlr: l'aide d'urgence est du ressort des cantons, excepté un forfait de 600 francs de la Confédération pour chaque décision de NEM) qu'à lutter contre les abus…

– La Confédération a un peu trop tendance à se décharger sur les cantons mais ce fait n'est pas l'unique raison de notre motion. Nous voulons agir dans l'intérêt des requérants d'asile qui coopèrent et donc faire en sorte que les gens de bonne volonté ne soient pas traités comme les récalcitrants!