Les partis de l'Alternative de gauche genevoise (socialistes, Verts et Alliance de gauche) s'érigent contre les mesures d'économies supplémentaires exigées par la droite, majoritaire au parlement et à l'exécutif du canton, dans le budget 2004. Les partis de gauche ont tenu conférence de presse mardi pour exposer leurs conditions d'acceptation du nouveau projet de budget du Conseil d'Etat: ils refusent les coupes dans la fonction publique et exigent davantage d'investissements. Une prise de position que l'Alternative a communiquée par écrit au Conseil d'Etat. La présidente du Parti socialiste genevois, Laurence Fehlmann-Rielle, explique la démarche de l'Alternative.

Le Temps: L'Alternative de gauche rejette les mesures d'économies préconisées par la droite et menace de ne pas adopter le nouveau projet de budget 2004. Dès lors, quelles sont ses conditions d'acceptation?

Laurence Fehlmann-Rielle: Actuellement, nous traversons une crise des recettes plutôt qu'une crise des dépenses. Suite aux diverses baisses d'impôts, les recettes fiscales ont diminué de 500 millions. De plus, les conséquences de la crise économique de 2001 se font sentir avec un temps de retard: le chômage augmente, et les dépenses pour l'aide sociale également. Dans ce contexte, on ne peut pas diminuer les dépenses de l'Etat.

Pour adopter le budget, nous posons donc quatre conditions: pas de remise en question des mécanismes salariaux sans négociation avec la fonction publique, réintroduction des quelque 200 nouveaux postes prévus au premier projet de budget, respect de l'accord passé avec les HUG, et relèvement du niveau des investissements nets à un montant de 500 millions, au lieu des 300 millions prévus qui sont insuffisants pour faire face aux besoins actuels et futurs.

– La fonction publique genevoise compte parmi les mieux loties de Suisse. A-t-elle vraiment de quoi s'indigner quant à la volonté du Conseil d'Etat de revoir à la baisse les mécanismes salariaux?

– Depuis une dizaine d'années, la fonction publique a perdu environ 12% de son pouvoir d'achat. Nous sommes conscients que des réformes doivent être entreprises, mais cela doit être fait en concertation avec la fonction publique. Tous les fonctionnaires ne sont pas des cadres grassement payés. Il n'y a pas de raison que ce soit eux qui subissent les conséquences de la crise budgétaire.

– Quelles concessions l'Alternative de gauche est-elle prête à faire?

– Dans l'immédiat, aucune. Nous devons faire en sorte que l'Etat genevois fonctionne correctement. Si l'on continue à diminuer les investissements, ça se retournera également contre les secteurs économiques représentés par la droite. Plafonner le déficit budgétaire à 250 millions de francs, comme l'exige la droite, est irréaliste. L'Alternative n'a pas fixé de plafond officiel, mais nous serions prêts à entrer en matière sur une limite de 450 millions.