Si les élections communales à La Chaux-de-Fonds n'ont pas engendré de bouleversement politique, les lendemains d'élections ont réservé leur lot de surprises. Avec l'affaire familiale des Hainard, où le fils libéral s'est effacé devant le père UDC, la loi interdisant à deux membres d'une même famille de siéger ensemble. Puis les désistements en cascade sur la liste libérale qui font remous. Dernier rebondissement: bien qu'ayant renforcé sa majorité, la gauche cède le département clé des Finances au nouveau venu libéral, Pierre-André Monnard. Pourquoi le socialiste Laurent Kurth, pourtant aisément réélu, promu homme fort de l'exécutif durant la précédente législature justement parce qu'il a sorti la trésorerie chaux-de-fonnière du gouffre, s'est-il départi de ce portefeuille? Ses explications.

Le Temps: Pourquoi abandonner les Finances?

Laurent Kurth: Jusqu'en 2004, les Finances étaient aux mains de la droite, bien que déjà minoritaire. Il y a quatre, lorsque j'ai accédé au Conseil communal, c'était la responsabilité de la gauche de prendre les Finances, car nous étions en situation de crise. La crise est derrière. Nous avons tenu compte des compétences professionnelles: Pierre-André Monnard est expert-comptable. Me concernant, j'avais un département trop vaste. J'entends davantage m'engager dans mes autres attributions: urbanisme, tourisme, relations régionales et ressources humaines.

- Les comptes 2007 bouclent avec un bénéfice de 500000 francs. Avez-vous durablement assaini les finances?

- Nous devons encore affiner la gestion de la dette, restructurer certains secteurs, tirer parti des synergies liées au RUN et rester vigilants face aux coûts de personnel et des investissements.

- Votre résultat électoral est inférieur à celui de Didier Berberat. Est-ce pour cette raison que vous ne voulez plus la casquette, peu populaire, de ministre des Finances?

- Non, je ne fais pas cette lecture de l'élection. Je constate que les quatre membres du collège sortant ont tous été bien réélus. Leur bilan collectif a été salué. Jusqu'ici, j'ai dû être beaucoup dans mon bureau. Trop. J'entends désormais porter des dossiers qui parlent plus aux gens: la gestion immobilière de la ville, l'urbanisme.

- On vous présente comme l'homme fort de La Chaux-de-Fonds. Délaisser les Finances, n'est-ce pas le risque de perdre ce titre?

- Etre l'homme prétendu fort m'importe peu. Mieux vaut se demander quelle peut être ma meilleure contribution pour faire progresser la Ville. La concentration de responsabilités lourdes sur une seule personne, comme c'était le cas avec mon ancien portefeuille, a plutôt été perçue comme une faiblesse.

- En allégeant votre département, préparez-vous une candidature, au Conseil d'Etat par exemple?

- Primo, j'exclus tout cumul des mandats. Secundo, je ne suis pas, aujourd'hui, dans la perspective d'une candidature au Conseil d'Etat. J'entends développer, sur les quatre ans de la législature, une politique d'urbanisme ambitieuse pour La Chaux-de-Fonds.

- N'y a-t-il pas de la lâcheté à donner les Finances au dernier venu, minoritaire et seulement troisième de la liste libérale?

- Je suis fâché de voir comment s'est faite la désignation des membres du Conseil communal, entre l'UDC et les libéraux, et singulièrement au Parti libéral. Mais cette appréciation n'a rien à voir avec la personnalité de Pierre-André Monnard. Le Conseil communal a confirmé son intention de travailler sereinement avec lui et n'a aucune intention de lui glisser des peaux de banane.

- En confiant les Finances à un libéral, la gauche majoritaire ne se prive-t-elle pas d'un levier clé?

- C'est agréable d'avoir le sentiment de voir ce qui se passe partout, en tant que grand argentier. Mais à La Chaux-de-Fonds, nous avons de la transparence et une bonne communication entre les cinq dicastères. La politique financière sera celle de l'exécutif. Tout comme celle de l'urbanisme. Ce n'est pas moi seul qui ai assaini les finances, mais le conseil, de manière collégiale.