Est-ce l'imminence de son entrée au Conseil national? La chrétienne-sociale fribourgeoise Marie-Thérèse Weber-Gobet se sent pousser des ailes. Dès la session de décembre, la Singinoise remplacera Hugo Fasel, promu à la direction de Caritas Suisse, à la Chambre basse, où elle siégera, comme lui, dans le groupe parlementaire des Verts. Avant cela, la politicienne - qui quittera le Grand Conseil fribourgeois en novembre - s'immisce dans la polémique cantonale sur la hausse des tarifs d'électricité. Insatisfaite de la tournure du débat parlementaire demandé par le PS sur cette question (LT du 11.10.2008), elle vilipende les partis bourgeois qui, en refusant de geler les tarifs, n'ont selon elle pas défendu la place économique fribourgeoise.

Le Temps: Vous déclarez être choquée par le déroulement du débat parlementaire de la semaine passée à propos du gel des tarifs d'électricité. Pour quelles raisons?

Marie-Thérèse Weber-Gobet: Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale, on devait avoir une situation de concurrence saine entre les entreprises, les gros clients. Or ceux-ci se rendent maintenant compte qu'il n'y a en fait pas de concurrence sur ce marché libéralisé. Ils peuvent demander des offres dans toute la Suisse, mais les distributeurs leur fournissent une réponse identique, avec exactement les mêmes montants. Bernard Chassot, directeur commercial au Groupe E, le reconnaît lui-même: lorsqu'un client extérieur frappe à la porte de l'entreprise, celle-ci adapte son prix au niveau de ceux pratiqués à Fribourg. Et chaque société agit de la même manière en Suisse. Ce n'est pas du libéralisme, c'est la mort de la concurrence.

- Pourquoi le débat vous a tant irritée?

- Le milieu de l'économie fribourgeoise est fortement représenté au sein du Grand Conseil. Elle se rend compte que la nouvelle situation génère une importante augmentation des coûts de l'électricité. Dès lors, pourquoi ne pas geler les tarifs jusqu'à ce que l'ElCom, l'autorité fédérale indépendante de régulation dans le domaine de l'électricité, ait pris une décision à ce sujet? Elle a été saisie de plus de mille réclamations, dont une majorité en provenance de Fribourg. L'économie fribourgeoise sera pénalisée par cette hausse, il aurait été judicieux d'attendre sa détermination.

- Jusqu'à présent, on ne vous avait guère vue dans le dossier de l'énergie. Est-ce de l'opportunisme?

- Non. Je suis membre du PCS. Le but de mon parti est que tous les citoyens vivent dans un environnement sain. Ce qui se passe sur le marché de l'électricité génère des inégalités et est dangereux pour l'économie. Je me dois de dénoncer cela. Le canton de Fribourg est propriétaire du groupe E à hauteur de 78,5%, et a reçu en 2008 quelque 64,75 millions de dividendes. Il est clair que geler les tarifs peut induire un manque à gagner pour l'Etat. Mais en tant que politiciens, nous devons protéger les intérêts de l'économie fribourgeoise. Je ne suis pas opposée à une hausse raisonnable. Mais le marché helvétique doit présenter une concurrence digne de ce nom.

- Allez-vous aussi vous occuper des questions énergétiques au Conseil national?

- Cela dépend de l'évolution de la situation. Si l'offre en matière d'électricité reste un monopole de fait, cela me préoccupera encore. Le PS n'est pas le seul parti de gauche à se sentir concerné par ce dossier.