Selon la gauche genevoise, les hauts revenus doivent payer davantage d'impôts. Les partis écologiste, socialiste et l'Alliance de gauche ont lancé lundi deux initiatives populaires pour concrétiser cet objectif (LT du 08.03.2005). L'une s'attaque au rabais fiscal de 12% voté par le peuple en 1999. L'autre propose d'introduire un impôt de solidarité à la charge des contribuables dont la fortune dépasse 1,5 million. Une proposition qui avait été balayée par 59% des votants en 2003. Ministre genevoise des Finances, Martine Brunschwig Graf revient sur ces deux initiatives. La conseillère d'Etat libérale estime qu'une hausse d'impôts serait malvenue à Genève et risquerait de faire fuir les contribuables les plus fortunés.

Le Temps: Est-il opportun d'envisager une hausse d'impôts dans le canton de Genève?

Martine Brunschwig Graf: Les hausses d'impôts sont toujours un mauvais signal. Surtout dans un canton où 10% des contribuables les plus aisés assurent les rentrées fiscales de 57,3% de l'impôt sur le revenu et de 96,8% de l'impôt sur la fortune!

– Précisément, que pensez-vous des deux initiatives lancées par l'ensemble des partis de gauche?

– Celle qui propose l'introduction d'un impôt de solidarité reprend une idée déjà rejetée en votation populaire en 2003. L'autre, qui vise la suppression provisoire du rabais fiscal de 12%, aggrave encore la situation actuelle, à savoir qu'il y aura toujours plus de personnes qui ne paient pas d'impôts et un petit nombre de personnes pour assurer la plus grande part des ressources fiscales dont le canton a besoin. Les contribuables les plus aisés sont aussi ceux qui émigrent le plus facilement.

– La gauche affirme que la baisse de 12% des impôts votée en 1999 représente une perte de 350 millions par année. Vrai?

– Ni vrai ni faux. La réduction de 12% sur les impôts cantonaux correspond à un montant de 300 à 350 millions. Mais la réalité montre que durant la période 1999-2000, années où les réductions ont été opérées, les recettes fiscales ont augmenté de respectivement 94,4 millions et 58,5 millions de francs.

– Que dire de cet autre argument des initiants: selon eux, le rabais fiscal de12% n'a véritablement profité qu'à 15% des Genevois.

– La baisse d'impôts a profité et profite encore à tous les contribuables qui paient des impôts. Ils sont tout de même plus nombreux que 15%, heureusement!

– A défaut d'une augmentation des impôts, serait-il opportun de s'interroger sur la répartition de la charge fiscale entre les différentes catégories de contribuables? On sait en effet que 23% de Genevois ne paient pas d'impôts…

– C'est bien là le problème! La révision de la loi fiscale, laquelle est à l'étude en commission fiscale, devra tenir compte de cet élément. Ce que je peux dire, c'est que les propositions de l'Alternative de gauche ne font qu'aggraver ce phénomène et chargent encore davantage ceux qui assument la majeure partie de l'impôt.