Jeudi (LT du 28.10.2004), les radicaux genevois ont réagi à la décision de la Commission des transports du Conseil national de porter à 1,3 milliard les crédits de raccordement de la Suisse au réseau européen à grande vitesse. Comme le Conseil fédéral ne prévoit de débloquer que 665 millions, les radicaux pensent que l'augmentation retardera d'autres projets. Ils craignent surtout pour le fameux Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse (CEVA), colonne vertébrale d'un futur réseau ferré d'agglomération. Interrogé, le conseiller aux Etats vaudois socialiste Michel Béguelin met en avant des impératifs internationaux incontournables.

Le Temps: Les Genevois ont-ils raison de considérer que le CEVA est menacé?

Michel Béguelin: Les Genevois doivent cesser de penser qu'ils sont le nombril du monde. Le CEVA est important, il n'est pas décisif à l'échelle suisse. A l'inverse, il est prioritaire que l'accord signé avec la France soit respecté, que les financements des lignes Mâcon-Genève, Vallorbe-Dijon et du raccordement au TGV Rhin-Rhône soient assurés avant juillet 2005. Sinon les financements français iront au TGV-est et on prendra ici dix ans de retard.

– Peut-on craindre un manque d'argent pour le CEVA?

– Les choses doivent être considérées dans leur ensemble. Après les liaisons internationales viennent les raccordements – Bâle-Olten et Zurich-Goldau – aux nouvelles transversales alpines. Là, il y a trois ans de mou qui viennent simplement des difficultés du chantier. Le Gotthard de base ne sera pas prêt avant 2015 ou 2016 au mieux. Ensuite viennent les projets régionaux, soit le CEVA, la gare souterraine de Zurich et la liaison tessinoise Stabbio-Varese. Les CFF ont toujours mis ces trois dossiers sur le même plan. Mais ce sont des constructions de longue haleine. On parle de centaines de millions à engager sur des années.

– Donc vous approuvez la position de la commission du Conseil national?

– J'imagine que la Commission des transports du Conseil des Etats pourrait s'y rallier. Les priorités nationales sont respectées. Si Bâle ou Zurich se retrouvent à trois heures de train de Paris, c'est tout bénéfice pour les Romands, et c'est autant de liaisons aériennes qui ne sont plus nécessaires.

– Genève doit-il redouter de gros retards?

– Le CEVA ne sera peut-être pas prêt en 2008, mais en 2010 ou 2012. Il me semble surtout que le canton ne doit pas se lamenter, mais maintenir une pression constructive, par exemple en enclenchant sans attendre son financement cantonal. C'est ainsi que Zurich a mis en route son RER, et qu'il prépare sa nouvelle gare souterraine. Je suis content de voir que les Genevois se sont réveillés, comprennent l'importance du trafic d'agglomération, et participent pleinement à la Conférence des transports de la Suisse occidentale. Mais ils ont cinq ans de retard. Du temps de Ramseier, c'était «Genève über alles» et la liaison avec la France avant tout. Maintenant, on ne peut pas bousculer des liaisons TGV en gestation depuis douze ans pour un objectif régional.