Lors de sa séance du 9 mars, le Conseil fédéral a demandé à Ruth Metzler de rédiger un rapport sur les avantages et les inconvénients pour la Suisse de l'espace Schengen, qui unifie les procédures douanières des Quinze (Le Temps du 21 mars). Pour Pascal Couchepin, cette démarche est ordinaire, elle relève d'un «processus normal».

Le Temps: Ce rapport est-il la conséquence d'un certain scepticisme qui se ferait jour au sein du gouvernement quant au bien-fondé de la participation de la Suisse à Schengen?

Pascal Couchepin: Nous entrons avec l'UE dans la phase où il faut établir des mandats de négociation. Dans toutes les affaires que j'ai menées, j'ai toujours pris la peine, au moment où j'ai été sur le point de signer un papier, d'entendre une nouvelle fois toutes les opinions pour avoir une vue d'ensemble. Dans le cas présent, il faut aussi entendre l'avis des cantons. C'est une démarche de bon sens et c'est dans cet esprit que ce rapport a été demandé.

– Ces derniers mois, vous avez fait le forcing auprès de l'UE pour inclure le dossier de Schengen dans le nouveau paquet de bilatérales. N'aurait-il pas été plus judicieux de conduire plus tôt cette réflexion interne sur les avantages et les inconvénients de Schengen?

– Ce n'est pas de l'improvisation. Nous avons déjà discuté à plusieurs reprises de ce dossier sur la base de divers documents et rapports. Mais au moment où nous allons donner un mandat de négociations, une nouvelle évaluation est nécessaire. Il ne faut pas y voir un changement de cap.

– Si le rapport est négatif, le Conseil fédéral pourrait-il être amené à faire marche arrière, c'est-à-dire à renoncer à ce que le dossier Schengen fasse partie du nouveau paquet des bilatérales?

– Si nous demandons un rapport, c'est pour examiner la situation et nous ne pouvons donc rien exclure. Si nous discutons, ce n'est pas pour dire d'emblée que cela ne changera rien. Pour ma part, cependant, je suis convaincu qu'il ne faut pas dévier de la ligne que nous nous sommes donnée.

– Si au bout du compte le dossier Schengen ne fait pas partie du nouveau paquet de bilatérales, la position de négociation de la Suisse sur les autres dossiers (fiscalité de l'épargne et fraude douanière) en sortira-elle renforcée ou affaiblie?

– Une négociation internationale n'est pas affaire de sentiments mais d'intérêts. Avons-nous intérêt à Schengen oui ou non, c'est la question qu'il faut se poser et que nous nous posons.

– Mais le Conseil fédéral ne cesse de répéter depuis plusieurs mois que, précisément, la Suisse y a intérêt pour des questions de sécurité intérieure.

– Ce n'est pas tout à fait exact. Nous avons demandé à nos partenaires de faire preuve de souplesse en se montrant prêts, si nous le souhaitions, à discuter de Schengen.

– Est-ce que la Suisse pourrait revenir à ses exigences antérieures et demander à n'obtenir de l'UE qu'une partie des accords de Schengen?

– Je ne crois pas que l'UE aime cette idée: c'est un point de vue qu'il faut respecter.