Pour trouver un emploi en Suisse romande, il faut chercher pendant neuf mois. Une durée moyenne qui varie en fonction de l'âge, mais aussi du niveau de formation et du degré de mobilité des 60 000 demandeurs d'emploi concernés. Selon la nouvelle étude publiée par l'Observatoire romand et tessinois de l'emploi, les moins de 30 ans sont les plus touchés en période de mauvaise conjoncture. Explications de Pierre Gfeller, coauteur de l'étude.

Le Temps: Comment expliquez-vous que la durée moyenne de recherche d'emploi varie de 128 à 239 jours pour les moins de 30 ans?

Pierre Gfeller: Nous avons affaire à différents publics. En 2003-2004, les universitaires ont cherché pendant 208 jours. En revanche, les titulaires d'un certificat fédéral de capacité (CFC) n'ont attendu que 168 jours avant d'être engagés. Au bénéfice d'une expérience professionnelle obligatoire dans leur cursus, ils sont davantage prisés par les employeurs, qui apprécient l'idée d'engager un jeune bénéficiant déjà d'une expérience pratique.

Autre explication: la corrélation entre la mobilité et la durée du chômage. Un universitaire jurassien sur deux est prêt à quitter le canton pour trouver du travail, alors qu'à Genève seul un universitaire sur dix cherche «à l'extérieur».

– Particulièrement touchés, les seniors attendent 478 jours avant d'être embauchés. Vous affirmez que leur niveau de formation n'a aucun impact sur cette durée…

– C'est une constante: la durée moyenne de recherche d'emploi augmente avec l'âge. Une partie des plus de 55 ans se trouvent pénalisés car ils ont travaillé toute leur vie au sein de la même entreprise en effectuant une activité spécifique qui ne se retrouve pas dans l'économie actuelle. Du coup, leur formation paraît obsolète. D'autre part, il est plus difficile pour les seniors d'être mobiles: mariés, installés depuis longtemps, ils ne cherchent pas hors de leur canton. Finalement, les employeurs n'arrivent pas à assumer leurs prétentions salariales et le coût de leur prévoyance professionnelle.

– Détenteur du record de la durée de recherche chez les jeunes, Genève reste le mauvais élève de Suisse romande. Ce canton lutte-t-il moins bien que les autres contre le chômage?

– Non. A Genève, il y a d'autres structures qui prennent en charge les jeunes et, de fait, les dépenses liées à ces prises en charge n'apparaissent pas dans nos chiffres. Une chose est sûre: les cantons romands ont beaucoup investi dans les mesures de placement à travers l'assurance chômage, mais de manière différenciée. A titre d'exemple, Vaud a investi 8 millions par année en 2003-2004 dans la mesure «semestres de motivation», qui permettent aux jeunes de s'orienter. Les Genevois ont injecté 350 000 francs dans ce même dispositif.