Entre les Jurassiens et leur radio régionale RFJ, l'histoire d'amour dure depuis deux décennies. La station souffle ses vingt bougies ce mercredi. Ses sœurs, RTN à Neuchâtel et RJB à Tavannes, célébreront le même anniversaire le 1er mars et le 29 mai. A la tête de trois stations qui collaborent étroitement, un passionné, Pierre Steulet. Sa gestion rigoureuse, sa connaissance du média radio et son opiniâtreté sont les clés de son succès. Entretien.

Le Temps: Quelle est la recette du succès de vos radios locales?

Pierre Steulet: Il n'y a pas de recette miracle. Au début, nous nous sommes inspirés d'autres radios et nous les avons adaptées à la sauce jurassienne, en privilégiant la proximité. Et en tentant d'être aussi professionnel que possible, même s'il n'y avait pas de pros de la radio en 1984.

– L'attachement atavique des Jurassiens à leur région a-t-il joué un rôle déterminant dans la réussite de Radio Fréquence Jura?

– Non, d'autres radios régionales connaissent aussi le succès. Plus sûrement que du sentimentalisme local, la réussite des radios dépend de leur savoir-faire et de la qualité de leurs émissions.

– Vos radios se sont professionnalisées, numérisées, les programmes ont été lissés. Au détriment de la spontanéité et de l'impertinence des débuts?

– Je conteste la formule d'antenne lissée. La programmation est plus rigoureuse et plus structurée, répondant aux vœux des auditeurs. Nous demandons aux animateurs des interventions brèves et percutantes. Mais ils conservent toute liberté. Le blabla long et mal ficelé passe mal à l'antenne.

– La force de vos radios, c'est l'info de proximité. Vous êtes-vous fait une place dans le paysage médiatique régional?

– Clairement oui. Nous apportons de la complémentarité et de la diversité là où il n'y a plus qu'un seul quotidien régional. Dans l'analyse politique, par le biais des retransmissions en direct de séances des parlements, les reportages sportifs, la mise en exergue de la vie culturelle régionale.

– Nombre de journalistes et d'animateurs ont utilisé les radios locales comme tremplins vers des médias plus réputés. Le regrettez-vous?

– Pas du tout. J'ai toujours déclaré que les radios régionales jouent en ligue B et qu'il existe une ligue A avec la RSR et la TSR. La perspective de faire carrière intéresse de bons candidats à postuler auprès des radios régionales. Notre recrutement est ainsi facilité, surtout que l'écart salarial entre la SSR et les radios régionales tend à s'amenuiser. Une seule réserve: lorsque la RSR est venue débaucher deux ou trois collaborateurs simultanément. Nous nous sommes expliqués, cela ne se produira plus.

– Financièrement, comment se portent vos radios?

– Elles sont saines, même si rien n'est jamais acquis. Je crains le jour où les pionniers passeront la main. La nouvelle génération risque d'avoir l'œil davantage rivé sur la rentabilité.

– Avec l'émergence d'Internet, la radio ne devient-elle pas ringarde?

– Internet et la radio sont deux médias qui se complètent. Internet ne tuera pas la radio. Mais la radio devra s'adapter. D'une communication de masse, l'audiovisuel évolue vers une communication plus personnelle, en fonction des goûts et des centres d'intérêt de chacun.

– Pionnier des radios régionales en 1984, référence reconnue depuis vingt ans, serez-vous encore patron de radio en 2024?

– Assurément non. Je prendrai ma retraite avant 67 ans. J'ai huit à dix ans pour préparer ma succession. Si elle survient déjà dans cinq ans, tant mieux.