La pénurie de logements sévit à Genève. Le taux de vacance se situe à un niveau inférieur à 0,8%, tandis que les surfaces disponibles pour les locaux non résidentiels se réduisent comme peau de chagrin. Les milieux immobiliers réclament des autorisations de construire supplémentaires: en vain. Les professionnels de la construction s'inquiètent de ce phénomène. La Fédération genevoise des métiers du bâtiment craint qu'une augmentation soudaine des commandes ne provoque une surchauffe du secteur.

Le Temps: Le secteur genevois de la construction emploie de nouveau plus de 10 000 personnes: le marché se porte-t-il mieux?

Roland Andrey: Oui, nous sommes sortis de huit années de crise. Le développement de plusieurs secteurs de l'économie telles que l'horlogerie, les télécommunications ou encore les banques, qui chaque mois emploient une centaine de personnes, nous est favorable. Les quelque mille entreprises genevoises du second œuvre ont participé à la réaffectation de locaux industriels, ainsi qu'à la construction de bâtiments pour les sociétés qui sont arrivées à Genève grâce à la promotion économique. Et puis, de gros chantiers vont s'ouvrir notamment celui du Stade de la Praille et de son centre commercial qui fourniront beaucoup de travail à notre secteur. En tout, le marché de la construction engendre 2 milliards de francs de chiffre d'affaires. On peut se réjouir de l'augmentation de la part de financement d'origine privée qui représente deux tiers, contre un tiers d'origine publique.

– Vous évoquez uniquement la construction des locaux non résidentiels, cela signifie-t-il que le secteur des logements n'a pas suivi cette tendance?

– Effectivement. La construction des logements est stable, avec 1300 à 1500 unités par an. C'est très peu, si l'on sait que chaque année 5000 personnes s'installent à Genève et que de plus en plus de jeunes quittent le domicile parental. Pour faire face à la demande, il va falloir augmenter le nombre de constructions.

– N'y a-t-il pas un risque de surchauffe, si les commandes arrivent en même temps?

– C'est bien ce que nous craignons. Depuis les quatre dernières années, les autorités politiques ont accumulé un retard énorme dans la délivrance des permis de construire ou de déclassements. Une demande massive de construction de logements en un minimum de temps serait néfaste pour l'équilibre du marché. Elle accentuerait la pénurie de main-d'œuvre qui est déjà perceptible, et les prix risqueraient de prendre l'ascenseur. Il vaut mieux étaler la construction de logements sur la durée.