Claude Janiak a vécu une matinée particulière. Rapporteur de la Commission des affaires juridiques des Etats, le socialiste de Bâle-Campagne a défendu la motion devant ses collègues sénateurs. Non sans une certaine émotion, lui qui est pacsé et s’occupe régulièrement de l’enfant de son partenaire, né d’une précédente union hétérosexuelle. Entretien.

Le Temps: Quel est votre sentiment après ce vote très serré?

Claude Janiak: Je suis très content, et surpris, je dois l’avouer. J’étais déjà surpris que la CAJ-CE accepte la motion sans opposition. Ce matin, j’étais pessimiste sur l’issue du vote, surtout qu’il manquait deux représentants du Parti socialiste. Le PLR et même certains représentants de l’UDC ont fait preuve d’ouverture. Je m’en félicite. Je précise que ce vote ne me concerne pas directement. L’enfant de mon partenaire a une mère. Nous nous entendons très bien. Si elle décédait, la question se poserait autrement.

– La motion va maintenant être traitée par le Conseil national. Seriez-vous satisfait si, au final, le compromis du Conseil fédéral (adoption de l’enfant de son partenaire enregistré uniquement) était retenu?

– Je fais de la politique depuis 30 ans. Je sais qu’il faut avancer à petits pas, surtout dans une thématique comme celle-là. Je serais déjà très content si la proposition intermédiaire du Conseil fédéral était acceptée. Ce serait une première étape importante.

– Les opposants à l’homoparentalité refusent d’ouvrir le droit à l’adoption alors que la loi fédérale sur le partenariat enregistré, acceptée par le peuple en 2005, l’interdisait expressément. N’est-ce pas un peu tôt pour faire le pas?

– Il faut regarder la réalité en face, cette loi induit de nombreuses inégalités de traitement. Elle interdit l’adoption pour les couples pacsés, mais la pratique existe. De nombreux enfants sont adoptés à l’étranger par des couples gays. La Suisse doit les reconnaître dans le respect des conventions internationales. Il ne faut pas fermer les yeux sur ces questions. Il est clair que si le Conseil national accepte la motion, il y aura un référendum. Mais je suis confiant. Sur les questions de société, les Suisses sont réalistes, plus que les politiques.

– Les couples homosexuels doivent-ils avoir les mêmes droits que les hétéros?

– C’est le but. C’est le cas en Espagne, un pays catholique. Mais la question soulevée par la motion est différente. La question, ici, n’est pas le droit d’avoir un enfant. Sur un plan personnel, je suis réservé en ce qui concerne le tourisme de l’adoption.