Plus aucun remboursement pour les gouttes nasales, les sirops pectoraux et les pommades décongestionnantes; une participation des assurés à hauteur de 60% pour les laxatifs, les calmants et les antalgiques légers; des contributions à définir dans d'autres cas à préciser. Ces pistes de réflexion, a révélé la SonntagsZeitung, figurent dans un document de travail élaboré par Santésuisse et, plus surprenant, par Interpharma. Explications.

Le Temps: L'industrie pharmaceutique qui propose de ne pas rembourser certains médicaments, c'est paradoxal, non?

Thomas Cueni: Pour nous, l'important est que les Suisses continuent à avoir accès aux médicaments essentiels et à l'innovation. Si ce n'est pas le cas, on aboutit à une médecine à deux vitesses.

– L'accès des assurés de base aux traitements de pointe est donc menacé?

– Cela fait partie des pistes qui sont évoquées pour faire des économies. Et, dans certains cas, il faut des discussions approfondies pour faire admettre un nouveau médicament. C'est légitime. Mais, si un traitement est performant, tout le monde doit pouvoir en bénéficier. C'est une question de solidarité.

– C'est aussi pour vous une question économique…

– Effectivement, les deux sont liés. Il faut un espace pour l'innovation. Pour le préserver, nous estimons qu'il vaut la peine de réfléchir à une réduction de la liste des spécialités.

– Comment avez-vous mené cette réflexion?

– Les Suisses semblent disposés à prendre en charge eux-mêmes le traitement des affections bénignes comme le rhume. Selon le sondage du Moniteur de la santé 2004, 28% des personnes interrogées sont entièrement d'accord avec cette proposition et 35% assez d'accord. Une telle façon de faire permettrait des économies importantes, non pas tant sur le prix des médicaments que sur celui des consultations médicales demandées uniquement pour se procurer une ordonnance.

– Et pour les autres médicaments?

– Nous avons réfléchi sur deux axes: la gravité de l'affection et son caractère aigu ou chronique. Lorsque l'affection est légère, la participation peut être importante. Lorsqu'elle est aiguë – c'est-à-dire limitée dans le temps – une certaine participation reste justifiée si elle n'est pas trop grave. En revanche, les gens qui souffrent d'une maladie chronique – diabète, sclérose en plaques, asthme, par exemple – doivent pouvoir compter sur la pleine solidarité des autres assurés. Et, lorsque certains médicaments de confort, comme les laxatifs, sont indispensables en raison d'une affection particulière, ils doivent être entièrement remboursés.

– On parle aussi de taxer les patients dont les troubles pourraient être maîtrisés par une meilleure hygiène de vie?

– C'est une piste envisagée. Personnellement, j'y suis opposé.

– Comment estimez-vous le risque de voir remplacer des médicaments non remboursés par d'autres, plus forts et plus chers, qui le seraient?

– Nous en sommes conscients. Nous prévoyons de discuter de notre projet avec des experts et avec des médecins de terrain pour identifier ce type de danger. C'est notre prochaine étape.