Le conseil communal lausannois a soutenu hier soir le projet de local d'injection. Alors que la plupart des centres urbains alémaniques et Genève se sont dotés de «shootoirs» depuis des années, Lausanne a abandonné en 2003 un premier projet faute de soutien cantonal. La municipalité a maintenant six mois pour présenter un préavis. Au plus tôt, le local, censé prévenir les risques de sida notamment, pourrait ouvrir début 2007. Mais un référendum est déjà annoncé. Explications avec Solange Peters, auteure de la motion.

Le Temps: Un projet de local d'injection a été abandonné en 2003. Pourquoi revenir à la charge maintenant?

Solange Peters: En 2003, l'ouverture d'un tel local était conditionnée à un soutien cantonal, refusé à six voix près. En voyant la situation actuelle de Lausanne et les résultats des centres qui existent ailleurs en Suisse, on a considéré que le local restait une priorité pour un grand centre urbain comme le nôtre, même sans participation de l'Etat.

- Les opposants vous accusent de démissionner face au problème de la drogue...

- C'est faux. D'abord parce que l'aide à la survie et la réduction des risques est l'un des quatre piliers de la politique fédérale en matière de toxicomanie. C'est mettre des œillères que de penser qu'on va placer tout le monde en fondation d'abstinence demain. On doit au contraire considérer que la toxicomanie est un fait établi dans la vie du toxicomane et qu'il faut l'aider à survivre à cette épreuve-là.

- Justement, l'ouverture d'un local d'injection ne risque-t-elle pas de brouiller le message en faveur de l'abstinence?

- C'est une question que nous nous sommes bien sûr posée. Mais les gens qui fréquentent un local d'injection ne sont absolument pas les mêmes que ceux qui sont prêts à entamer une démarche d'abstinence. L'existence d'un tel lieu n'hypothèque pas leurs chances. Au contraire: un toxico-dépendant séropositif a beaucoup moins de motivation parce qu'il sait qu'il sera de toute façon malade toute sa vie.

- Pensez-vous que la population vous soutiendrait en cas de référendum?

- Ce sera difficile. Mais je crois que les Lausannois seront derrière nous. Il s'agira d'apporter des arguments rationnels, surtout si la droite lance une campagne populiste sur un sujet aussi émotionnel.

- Certains vous reprochent un coup électoral à un mois des élections communales...

- Ce calendrier est un pur hasard. J'ai déposé cette motion il y a des mois. Et je ne suis pas sûre que le sujet soit particulièrement électoraliste.