Trop d'impôts tuent l'attractivité. Tel est le constat d'Urs Schwaller. Le canton de Fribourg joue en effet les mauvais élèves en matière d'impôt sur le revenu des personnes physiques. Il est même devenu l'avant-dernier de la classe cette année, juste précédé par le canton du Jura. Depuis 2001, avec la nouvelle loi sur les impôts, l'Etat tente de baisser, par tranches, la charge fiscale pour ses citoyens. Objectif: une diminution de 5%.

La situation ne s'est pas arrangée depuis. Pire, le 12 juin dernier, le Grand Conseil a repoussé de 2003 à 2005 la deuxième diminution de 2% de l'impôt sur le revenu (Le Temps du 13 juin). Motifs: des perspectives financières peu réjouissantes et la situation précaire de certaines communes. Pourtant, vendredi, le grand argentier a annoncé dans les colonnes de la NZZ que Fribourg doit impérativement réagir et remonter dans le classement intercantonal.

Le Temps: Quelle est la situation du canton de Fribourg sur le front fiscal?

Urs Schwaller: Fribourg doit être plus attractif. Nous avons perdu quatre rangs dans la comparaison intercantonale, pour nous retrouver avant-derniers sur le plan de la charge fiscale des personnes physiques. Même si comparaison n'est pas forcément raison, le canton doit regagner le terrain perdu ces prochaines années. Nous avons réussi à diminuer l'impôt de 2 à 3% depuis 2001, mais cette mesure n'a fait que compenser la progression à froid.

Dans le même temps, les autres cantons ont appliqué des barèmes de diminution plus élevés que nous. D'où notre dégringolade au classement. Par contre, notre situation concernant l'impôt sur les personnes morales est meilleure, vu que nous nous situons dans le premier tiers au niveau national.

– Mais que faire pour redresser la barre, alors que le parlement vient de repousser la deuxième tranche de baisse d'impôt à 2005?

– Nous pouvons revoir l'impôt sur la fortune et l'alléger. Il ne sert à rien de créer des emplois à haute valeur ajoutée et de voir ces contribuables s'installer dans un autre canton en raison d'une taxation trop élevée. Cette mesure, ajoutée à la baisse de 2% annoncée en 2005, mais qui pourrait être mise en œuvre plus tôt, doit permettre de rendre le canton plus attractif.

– Et, bien sûr, maintenir la rigueur budgétaire…

– Je n'ai jamais changé de ligne sur ce point. Premièrement, le canton doit limiter à 30 voire 35 la création annuelle de nouveaux postes, sans quoi la marge de manœuvre pour adapter les salaires des collaborateurs en place s'amenuise. Lors de la dernière législature nous avons créé 570 postes. C'est énorme.

Deuxièmement, il faut s'entendre sur une limitation du volume des subventions. Bien sûr, la loi dit que le total des subventions ne doit pas dépasser les 25% des recettes fiscales. Mais j'estime insuffisant ce frein. Il faut introduire un système qui détermine le volume des subventions par rapport aux fluctuations de l'inflation, respectivement du renchérissement. Enfin, troisièmement, à tout nouveau projet doit correspondre un financement assuré.

– Comment se déroule le passage à la taxation annuelle?

– Enfin une bonne nouvelle pour le canton et les communes. Alors que nous tablions sur une embellie de 7% pour les recettes fiscales, il est aujourd'hui raisonnable de tabler sur une augmentation qui frôle les 10%. Mais il faut se garder de toute euphorie. Nous sommes en train de rédiger le plan financier de législature et rien n'est acquis pour l'avenir. Le risque étant de se laisser éblouir par les comptes 2002, qui risquent d'être meilleurs. Mais l'augmentation annuelle de la masse salariale, les charges nouvelles notamment dans le domaine de la santé et une démographie en hausse vont nécessiter d'importantes dépenses ces prochaines années.