Walter Fust a été surpris par la désignation finale de la nouvelle directrice du Programme alimentaire mondial (PAM). Le patron de la DDC revient sur cet épisode et le fait que le poste lui a échappé.

Le Temps: Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous aujourd'hui?

Walter Fust:Je me sens un peu comme un athlète invité à participer à une course qu'il termine premier, à son propre étonnement, mais qui constate dans les vestiaires qu'entre-temps les organisateurs ont reculé la ligne d'arrivée et que quelqu'un d'autre a remporté la course. Mais pour moi la vie continue. Je tourne la page.

- Avec le recul, vous êtes donc convaincu que ce ne sont pas vos compétences qui sont à l'origine du choix d'un autre candidat, mais bien des manœuvres politiques et financières des Etats-Unis?

- On m'a dit que j'étais à la tête de la dernière «shortlist» qui comprenait quatre noms. Je ne connais pas tous les éléments qui ont mené à la décision de finalement nommer Josette Sheeran, mais on m'a informé qu'il y a eu des coups de fil à très haut niveau de la Maison-Blanche à la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) et que la candidate officielle des Etats-Unis a bénéficié d'un engagement fort de l'ambassadeur américain à l'ONU John Bolton et de Ban Ki-moon, le successeur de Kofi Annan. On nous avait laissé entendre qu'il n'y aurait pas d'ingérence politique dans le processus de sélection, alors qu'en fin de compte, on a constaté le contraire. Je le regrette. Il aurait été préférable de dire dès le départ qu'on attribue la direction d'un fonds ou d'un programme au pays qui est son plus gros contributeur et qu'un chasseur de têtes cherche ensuite la personne adéquate dans ce pays, et nulle part ailleurs. Ce qui est arrivé n'encouragera pas les gens à se porter candidats. Cela ne contribue pas non plus à donner une bonne image des organisations internationales. Car l'ONU n'appartient pas à ses plus gros contributeurs, c'est une organisation mondiale.

- Vous déplorez donc un manque de transparence?

- Non, car le processus de sélection à la base était clair, de même que le profil exigé. Mais de nombreux membres du conseil d'administration du PAM admettent que ce processus n'a pas été respecté jusqu'au bout puisque des éléments politiques ont fini par être pris en considération.

- Iriez-vous jusqu'a dire que la Suisse a finalement joué un rôle d'alibi, au même titre que les autres Etats non américains qui ont présenté des candidats?

- Personnellement, non.Mais certaines personnes tirent en effet cette conclusion. Encore une fois: le conseil d'administration du PAM voulait une procédure ouverte en raison de ce qui s'est passé lors de la précédente nomination. J'ai donc eu des raisons de me porter candidat. Maintenant je suis persuadé que Madame Sheeran fera de son mieux pour diriger le PAM, qui le mérite.

- Etes-vous étonné de la voir à la tête d'une telle organisation alors qu'elle a été membre durant vingt ans de la secte Moon? - Elle s'est présentée avec son curriculum vitae, qui a été rendu public. Mais je n'ai pas à me prononcer sur ce point, ni sur les autres candidats. Le choix de cette candidature est celui de la Maison-Blanche, et ses dirigeants doivent bien savoir qui ils présentent.

- Vous seriez-vous quand même lancé dans la course si vous aviez su que les Etats-Unis présenteraient une candidature officielle, contrairement à ce qu'ils avaient d'abord laissé entendre? - Je m'étais renseigné auprès des Américains, de James Morris notamment, l'actuel directeur du PAM, et de hauts placés à l'ONU. On m'a dit que jamais la procédure ne serait aussi ouverte et qu'il n'était pas prévu de nommer à tout prix un Américain. Voilà pourquoi je me suis lancé. La procédure au PAM a bel est bien été ouverte; mais il en a été différemment lors de la phase finale de désignation. Je ne regrette pas de l'avoir fait, c'était quand même une expérience riche.

–Qu'en est-il maintenant de votre avenir? Resterez-vous à la DDC jusqu'en avril 2010 comme vous l'avez déjà laissé entendre?

– J'y resterai aussi longtemps que l'on est satisfait de mon travail.

Tout ce que je peux vous dire est que je connais le mois de mon départ de la DDC, mais pas encore

l'année.