Le canton de Schwyz joue le jeu de la solidarité intercantonale. Alors que rien ne l'y force encore, son parlement a accepté de verser 2,3 millions de francs à ses voisins Zurich et Lucerne pour leurs institutions culturelles. Les députés ont accepté mercredi le projet de concordat entre Zurich, Lucerne, Schwyz et Zoug.

Le mécanisme de redistribution prévoit que les quatre cantons prennent à leur charge les déficits des grandes maisons culturelles, proportionnellement à leur nombre de spectateurs. Le canton qui abrite l'institution, puisqu'il en profite directement, assume en plus un socle de 25%. La liste des bénéficiaires a été volontairement réduite à un strict minimum: il s'agit à Zurich de l'Opéra, du Schauspielhaus et de la Tonhalle, et à Lucerne du Centre de concerts et de congrès KKL, de l'Orchestre symphonique et du Théâtre. Il ne manque désormais plus que l'approbation de Zoug pour que cet accord puisse entrer en vigueur. Ce «ménage à quatre» est une première dans le domaine de la culture. Il s'inscrit dans le droit-fil de la réforme de la péréquation financière (RPT), acceptée l'année dernière en votation.

Devant le Grand Conseil à Schwyz, il est revenu au premier représentant de l'UDC au gouvernement, Walter Stählin, directeur de l'Instruction publique, de défendre le projet. L'opposition est venue notamment de son propre parti, secondé par le Parti radical. Argument principal: pourquoi Schwyz devrait-il se dépêcher de payer quelque chose à ses voisins? Ce sera bien assez tôt quand la RPT l'y forcera. Entretien.

Le Temps: Si l'on compare aux 500 000 francs que le canton est prêt à débourser pour la culture sur son propre territoire, les 2,3 millions de francs qu'il s'engage à verser à ses voisins est un montant respectable. Pourquoi Schwyz a-t-il pris l'initiative de ce concordat?

Walter Stählin: J'en suis très heureux. Une partie de notre croissance économique est due à la proximité des cantons centre, avant tout Zurich. Nous profitons bien au-delà de la culture. Nous avons aussi un devoir envers eux. Nous voulons par là démontrer que nous ne sommes pas des profiteurs, mais que nous sommes prêts à collaborer.

– Avez-vous pu convaincre votre parti, l'UDC?

– Ce n'était pas facile. Une moitié des députés a voté contre le concordat. J'ai essayé de leur montrer quels étaient les avantages indirects. Et que c'est un faux calcul de diviser la somme par le nombre de spectateurs. Finalement, quand on construit un terrain de football dans une commune, on ne compte pas ce que cela coûte par joueur.

– Vous parlez d'une décision qui a valeur de signal, pourquoi?

– Nous avons pu nous entendre sur une base volontaire, sans attendre la RPT. Cela ouvre la voie à d'autres collaborations intercantonales. Et c'est un appel aux cantons qui ne participent pas encore à cette péréquation culturelle de nous rejoindre. Nous aurions bien voulu avoir l'Argovie, et aussi Uri, Nidwal et Obwald. Attention: même s'il y a plus de partenaires, notre part ne se réduit pas pour autant. C'est tout bénéfice pour le canton centre.