Le Conseil fédéral et le parlement ont remporté, parfois de manière plus serrée que prévu, une quadruple victoire ce dimanche, mais ils ont perdu la cinquième bataille, la plus importante: la loi sur le CO2 n’a pas trouvé grâce aux yeux d’une infime majorité de la population. Le dossier n’est pas enterré pour autant. La Suisse a pris des engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Elle devra proposer de nouvelles solutions pour les respecter.

Le projet rejeté ce week-end était certes imparfait. C’est le propre de tout compromis. Ainsi, le mécanisme imaginé par le parlement pour l’alimentation financière du fonds climatique et la distribution de subventions était complexe et un peu bancal. Ce défaut semblait toutefois surmontable.

Il faut maintenant un plan B, un nouveau train de mesures climatiques. Pour respecter les promesses faites sur la scène internationale. Pour diminuer l’empreinte écologique des bâtiments et, surtout, de la mobilité en Suisse. Pour répondre à l’initiative populaire pour la protection des glaciers, qui demande d’aller encore plus loin. La tâche qui attend Simonetta Sommaruga est énorme. Le contre-projet qu’elle envisageait d’opposer à cette initiative constituait la deuxième étape de la contribution de la Suisse à la protection du climat. Comme elle a raté la première, elle devra tout reprendre à zéro si elle espère toujours réduire à néant les émissions nettes de gaz à effet de serre.

L’échec de ce week-end doit aussi être une leçon de stratégie politique. La vague verte ondule dans les têtes. Elle s’exprime fortement élection après élection. Elle a une forte résonance lorsqu’il s’agit de s’entendre sur les grands enjeux climatiques d’aujourd’hui et de demain. Comme le montre une récente étude universitaire, la population est convaincue que des mesures doivent être prises contre le réchauffement de la planète et ses conséquences.

En démocratie, ces mesures doivent être acceptées par le peuple. On ne peut pas les lui imposer. Cela exige un peu de réalisme politique. Or, quelles sont les voix qui ont manqué pour que le résultat soit inversé? Il y a celles des plus impétueux activistes du climat, qui se retrouvent Gros-Jean comme devant. Et il y a celles du monde paysan. Ulcéré par les attaques menées contre certains modes de culture, qu’il a perçues comme des attaques contre son travail, il a fait de la loi sur le CO2 la victime collatérale des initiatives anti-pesticides. Cela a creusé un profond fossé entre les campagnes, qui ont eu le sentiment de payer l’essentiel de la facture, et les villes. Ce gâchis aurait pu, aurait dû être évité.

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