«Psychologiquement, sentimentalement c'est un coup dur, la fin longtemps annoncée est devenue réelle. Nous avions d'excellents contacts humains avec les officiers acheteurs. L'armée était un client qui revenait chaque année. Pour le marché chevalin, l'effet sera moins sensible: le train avait été un pilier de l'élevage du cheval franche-montagne, depuis dix ans ce n'était plus qu'un bon client parmi d'autres.»

Même s'il s'attendait à la nouvelle, Georges Chariatte, responsable de la production animale au Service de l'économie rurale du canton du Jura, marque le coup, à l'annonce de la suppression des troupes du train dans le cadre d'Armée XXI. Pour les fils d'éleveurs jurassiens, souvent enrôlés dans les troupes du train, la suppression de cette arme provoquera un choc et beaucoup de nostalgie.

Chaque année, l'armée achetait quelque 45 à 50 chevaux de la race des Franches-Montagnes, sur un total de quelque 400 bêtes vendues sur le marché suisse, et une dizaine de demi-sang. Contre 130 à 140 chevaux il y a une dizaine d'années. Pour les éleveurs jurassiens, cela représentait une vente de quelque 15 sujets, des hongres de 4 ans et des juments de 5 ans, ces dernières années. «C'est un gros client qui nous quitte, regrette Georges Chariatte, mais depuis dix ans nous avons dû trouver d'autres débouchés, notamment auprès de passionnés étrangers à l'agriculture.»

Race en danger de disparition, ou du moins en situation fragile, le franche-montagne a dû trouver de nouveaux acheteurs dans le secteur des loisirs. Du coup, la race s'était allégée, le cheval avait pris de la hauteur au garrot et gagné de l'élégance, au détriment parfois de son caractère docile et rustique que l'armée recherchait avant tout. Mais depuis longtemps l'armée n'avait plus d'influence sur l'évolution de la race. Au moment même où elle annonçait la suppression des troupes du train, et donc le soutien indirect à la race, les éleveurs jurassiens revenaient, quant à eux, du Salon de l'agriculture à Paris, où ils étaient allés chercher de nouveaux clients.