Le lobbying déployé par la Suisse commence à porter ses fruits. Les Quinze se sont déclarés prêts lundi, avec plus ou moins d'enthousiasme, à envisager une intégration de leur voisin à l'Espace Schengen. Ils ont cependant réaffirmé leur volonté de voir la Suisse s'engager au plus vite dans les négociations sur la lutte contre la fraude et la fiscalité de l'épargne, deux dossiers jugés prioritaires par l'Union européenne. Les experts des Quinze ont réservé dans l'ensemble un accueil positif à la demande de la Suisse d'être associée un jour aux Accords de Schengen, sur la coopération policière en Europe, et à la Convention de Dublin, sur le pays de premier asile.

Victoire d'étape

Le Conseil fédéral, qui n'a pas ménagé ses efforts pour convaincre les Quinze d'intégrer un jour la Suisse à Schengen, remporte donc une victoire d'étape. Sa disponibilité à prendre des mesures radicales pour lutter contre la fraude douanière n'y est pas étrangère. Son engagement à s'aligner sur tout l'acquis de Schengen, y compris l'abolition des contrôles sur les personnes aux frontières, n'y est pas pour rien non plus. «C'est un point qui a été relevé», confirme un diplomate présent à la réunion.

Les jeux ne sont pas faits pour autant. Le Conseil fédéral attend un signal clair de l'Europe sur Schengen avant de se mettre à table sur la fraude et la fiscalité de l'épargne. Pour l'heure, il n'a qu'une vague déclaration d'intention, et encore. Or certains Etats membres hésitent à s'engager fermement. Ils doutent encore des avantages d'élargir l'Espace Schengen à un pays qui n'est pas membre de l'EEE, contrairement à l'Islande et à la Norvège qui y entreront en mars. «C'est une question politique, il faut que nous en discutions entre nous», explique un responsable.

Des consultations entre la Suisse et la Commission européenne, porte-parole des Quinze, sont prévues ces prochaines semaines. Le sujet est sensible. Il exigera sans doute des arbitrages politiques dans les capitales. A ce stade, le Conseil fédéral ne peut plus guère influer sur le cours des choses. Si ce n'est en acceptant de négocier sans attendre sur la fraude et la fiscalité de l'épargne. Les experts des Quinze se retrouveront le 12 mars, au lendemain du vote sur l'initiative des jeunes. Un signal de Berne sur ces deux dossiers serait non seulement bienvenu. Il permettrait de surcroît de redorer le blason de la Suisse après le probable rejet de l'initiative. Un rejet qui sera interprété comme un non à l'Europe.