Après les plébiscites de 1974 et 1975, les rapports de forces au sein des districts jurassiens restés bernois de Moutier, Courtelary et La Neuveville étaient constants et faciles à lire: 70% d'antiséparatistes et 30% de séparatistes. Aujourd'hui, les monolithes s'effritent.

En octroyant un «statut spécial» au Jura bernois, la nouvelle Constitution cantonale de 1995 suscite la convoitise. D'abord timoré, puis aiguillonné par les maires progressistes, le Conseil régional du Jura bernois réclame des pouvoirs décisionnels et des enveloppes budgétaires. Issue d'un accord Berne-Jura-Confédération de 1994, l'Assemblée interjurassienne (AIJ) a adopté sans opposition en décembre 2000 un plan en six ans pour régler la Question jurassienne, passant forcément par une «large autonomie» du Jura bernois. Parfois chaotiques dans leur élaboration, ces processus ont tous débouché sur un appui consensuel au final, à l'exception des irréductibles de Force démocratique.

Bouleversements

La carte politique du Jura bernois doit être redessinée en fonction de l'intensité des requêtes d'autonomie régionale. Tout est bouleversé: des ennemis d'hier travaillent ensemble, des collègues de partis sont devenus adversaires (par exemple à l'UDC, où l'idée de créer un parti dissident est évoquée).

Les «nouveaux autonomistes» sont-ils devenus majoritaires? Peut-être, à voir le rapport de forces au sein de la délégation du Jura bernois à l'AIJ: six partisans de l'autonomie (Hubert Frainier, Roger Siegrist, Maxime Zuber, Claude-Alain Voiblet, Marguerite Rüfenacht et Walter von Kaenel), le radical Willy Sunier et les socialistes Marcelle Forster, Jacques Zumstein et Philippe Perrenoud étant en embuscade mais ratificateurs de la résolution 44. Il n'y a plus que deux antiséparatistes favorables au statu quo, Yvette Voutat et André Lecomte. Pas certaine d'obtenir une majorité pour succéder à Claude-Alain Voiblet à la présidence de la délégation, Marcelle Forster s'est désistée, laissant le champ libre à la progressiste Marguerite Rüfenacht.

Se sachant sur des sables mouvants, le Jura bernois attend avec impatience l'autonomie que Berne lui accordera. Les signes avant-coureurs de la décision attendue à la fin de l'année jettent le désarroi: le gouvernement a rejeté la résolution 44, conteste les délais ou la notion de «large autonomie». Mario Annoni a-t-il cherché à provoquer, pour vérifier l'intensité de l'attente du Jura bernois? Déstabilisé par les réactions, le conseiller d'Etat lèvera un coin du voile sur le statut d'autonomie le 28 août. Un ultime test, avant le quitte ou double de la copie définitive.

Au risque de faire des envieux dans d'autres régions du canton, le gouvernement bernois ne peut décevoir l'attente de Jurassiens bernois très remontés contre leur Etat central qui ne termine pas la Transjurane et classe leur région industrielle en zone rurale. Histoire de mettre une pression maximale sur le Conseil d'Etat, certains susurrent qu'une autonomie bernoise insuffisante accélérerait le rapprochement du Jura bernois avec le canton du Jura, et que Moutier exigerait à nouveau son transfert cantonal. Des menaces n'émanant ni de Maxime Zuber ni des séparatistes, mais d'anciens antiséparatistes devenus «autonomistes», plus disposés à «ne vivre que de déceptions».