Adhérer à l’Union européenne: dans tous les derniers sondages, cette vision ne séduit plus qu’environ 15% des personnes interrogées. A quoi sert donc encore le Nouveau mouvement européen suisse (Nomes), qui fête ses 20 ans ce week-end à Berne? La question est légitime.

Pourtant, suprême paradoxe, les médias n’ont parlé que du Nomes lors de la course à la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Des dizaines de journalistes ont soudain voulu savoir si les candidats Pierre Maudet, Ignazio Cassis et Isabelle Moret en faisaient partie.

L’adhésion à l’UE a perdu beaucoup de son acuité. Dans le climat d’euroscepticisme ambiant, militer au sein de ce mouvement revient au mieux à s’exposer aux railleries sur la «poursuite d’un combat anachronique» et au pire à se voir accusé de «traîtrise à la patrie». L’ancienne présidente Christa Markwalder (PLR/BE) en a fait l’amère expérience, elle qu’un membre de son parti a voulu contraindre à démissionner du mouvement européen.

Révélateur du tourment suisse

Son actuel coprésident, le Vaudois François Cherix, encaisse ces critiques sans se démonter. «Notre mouvement révèle la grande angoisse qui tourmente la Suisse: celle-ci n’a pas tranché sur son identité européenne.» La relation tumultueuse qu’elle entretient depuis un quart de siècle avec l’UE en témoigne. Veut-elle vraiment s’intégrer et devenir un acteur du continent, ou se contenter de rester un Etat tiers?

Le Nomes, lui, a tranché. «A long terme, nous pensons toujours que le meilleur statut pour la Suisse est la participation pleine et entière à l’UE. Par contre, il faut fixer des priorités», précise François Cherix. Dans l’immédiat, il s’agit de viser la signature d’un accord institutionnel, qui doit être considéré «comme une étape et non un aboutissement». Puis on pourra conclure de nouveaux accords sectoriels, avant d’envisager l’adhésion. «Dans vingt ans, nous y serons», assure-t-il.

«Un rôle marginal»

Reste à savoir si le Nomes aura le poids politique de porter ce combat. Le géographe politique Michael Herrmann en doute: «Le Nomes ne joue plus qu’un rôle marginal dans le dossier européen, car les fronts se sont modifiés. En multipliant les initiatives, l’UDC est passée à l’offensive, contraignant les partisans de l’intégration à la posture défensive du maintien de la voie bilatérale», observe-t-il. «Or, c’est ici le mouvement citoyen d’Opération Libero qui a pris le lead des forces de l’ouverture», ajoute-t-il.

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De son côté, Luzi Stamm, le vice-président de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), ne partage pas cet avis, conscient que les deux conseillers fédéraux socialistes Alain Berset et Simonetta Sommaruga sont des donateurs réguliers du Nomes. «Pour nous, le Nomes reste dangereux dans la mesure où il compte des politiciens influents parmi ses membres. Et sa stratégie l’est tout autant: harmoniser le droit suisse au droit européen. Dès qu’il aura atteint ce but, il n’y aura plus besoin que la Suisse adhère à l’UE», redoute-t-il.

Quoi qu’il en soit, le Nomes joue un rôle d’aiguillon dans le débat européen. Il est le seul à afficher la couleur, alors que les deux nouveaux acteurs du débat européen, le laboratoire d’idées de politique étrangère Foraus et Opération Libero, ne se prononcent pas sur la question de l’adhésion. Il est aussi le seul à dénoncer clairement le double langage de la classe politique. «Auprès de la population, le Conseil fédéral entretient une illusion de souveraineté, alors qu’il est conscient de la dépendance de la Suisse par rapport à l’UE», souligne François Cherix. La manière dont les partis et l’économie sont soudain entrés en matière sur un accord institutionnel à la suite des pressions de l’UE – qui n’a accordé l’équivalence boursière à la Suisse que pour un an en décembre dernier – tend à confirmer cette thèse.

Renouveau européen chez les jeunes

Pourtant, le Nomes reste un petit mouvement: 3500 membres et un budget de 400 000 francs. Il dispose donc de moyens modestes, face aux 24 000 membres et au budget d’un million de francs de l’ASIN. De plus, il a au fil du temps perdu sa touche multipartisane. Alors que ses premiers présidents Marc Suter et Christa Markwalder ont été des PLR, son comité élargi compte avant tout des personnalités de gauche, à de rares exceptions comme Laura Sadis et Claude Nicati. Le temps où les partis du centre droit, le PLR comme le PDC, avaient visé tous deux l’adhésion à l’UE remonte aux années 1990. Un autre siècle!

L’avenir du Nomes, c’est son organisation de jeunesse YES. «Dans la société civile, je constate un renouveau du mouvement en faveur de l’intégration à l’Europe chez les jeunes», note Fiona Wiedemeier, l’une de ses animatrices. Cette étudiante argovienne de 23 ans étudie les sciences sociales à l’Université de Berne. Pour elle, c’est une évidence: tous les grands défis de demain, qu’il s’agisse du climat, de l’immigration ou encore de la lutte contre le terrorisme, devront être relevés tout au moins à l’échelle continentale. «Notre génération veut contribuer à façonner l’avenir de l’Europe. Pas forcément en adhérant à l’UE, mais en maintenant une bonne relation avec elle, ce qui passe par un accord institutionnel.»