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Qu’on en soit victime ou témoin: que faire en cas de harcèlement sexuel?

On l’a dit et répété, le harcèlement sexuel est l’affaire de tous. Mais rares sont ceux qui savent quelles démarches entreprendre pour le dénoncer. Des spécialistes prodiguent leurs conseils

Pour l’éradiquer, il faut nommer le problème. Qu’est-ce que le harcèlement sexuel au travail? Un abus de pouvoir, que la loi fédérale définit comme «un comportement discriminatoire, importun, de caractère sexuel, ou tout autre comportement fondé sur l’appartenance sexuelle portant atteinte à la dignité de la personne». Il peut s’agir de remarques sexistes, e-mails gênants, contacts physiques non désirés. Peu importe l’intention de l’auteur: c’est le ressenti de la victime qui importe. Il peut également prendre la forme de contacts sexuels sous la contrainte, d’agressions, de viols. Comment réagir?

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Quand on en est la cible

L’interlocuteur le mieux placé pour aider la victime varie selon la situation, mais une chose est sûre: elle ne doit pas rester seule. «Les victimes ont tendance à relativiser, à croire qu’elles en sont responsables. Si l’échange les met mal à l’aise, elles devraient faire confiance à leurs perceptions et le dénoncer immédiatement», estime Véronique Ducret, directrice du 2e Observatoire, un centre de compétences en matière de harcèlement.

Mieux vaut consigner les faits (date, lieu et circonstances de chaque échange), puis se renseigner sur les procédures en place: certaines entreprises disposent de «personnes de confiance» internes ou externes, qui peuvent jouer un rôle de médiation. Si la situation le permet, on peut aussi choisir de s’adresser à l’auteur du harcèlement directement ou à la hiérarchie afin de régler le problème en interne.

La responsabilité des employeurs est de prévenir le harcèlement et de le faire cesser immédiatement le cas échéant

Véronique Ducret, directrice du 2e Observatoire

Si cette prise de parole semble impossible, la victime peut se tourner vers d’autres interlocuteurs: «un médecin généraliste, une association ou un syndicat, qui aideront à établir des feuilles de route en garantissant l’anonymat», suggère Christophe Dubrit, chef de service des centres d’aide aux victimes LAVI dans le canton de Vaud.

Le dépôt d’une plainte pénale contre l’auteur ou d’une plainte civile aux Prud’hommes contre l’employeur sont envisageables, mais ne représentent pas forcément la meilleure solution pour les victimes, estime Véronique Ducret. A noter: dans le Code pénal suisse, il n’existe pas de définition du harcèlement sexuel, mais toute une série d'infractions définissant les violences sexuelles. Plusieurs plaintes peuvent donc être nécessaires au pénal pour dénoncer un comportement obsessionnel.

Quand on en est témoin

Les témoins, hommes et femmes, jouent un rôle crucial. «Parler à la victime est un devoir citoyen, même si elle-même se tait, afin de lui faire savoir que ce qu’elle vit est inacceptable et de lui assurer d’un soutien si elle décidait d’agir», souligne Christophe Dubrit. Par ailleurs, «la responsabilité des employeurs est de prévenir le harcèlement et de le faire cesser immédiatement le cas échéant», souligne Véronique Ducret.

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Cette culture peut passer par une charte ou des rappels à l’ordre. Et la spécialiste de rappeler que le «harcèlement d’ambiance», une atmosphère sexiste ou misogyne qui ne vise pas une personne en particulier mais un genre dans son ensemble, fait partie intégrante du harcèlement sexuel.

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

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