La part de la population traditionnellement la plus prompte à changer de caisse maladie d'une année à l'autre, à savoir les hommes de moins de 35 ans en bonne santé, a cette année une raison supplémentaire de réfléchir, si ce n'est de changer de caisse, du moins de modifier sa couverture d'assurance. En optant pour les nouveaux paliers de franchise à 2000 et surtout 2500 francs, il sera possible non pas simplement de stabiliser, mais de réduire, et ce massivement, la facture mensuelle de primes de l'assurance obligatoire. La franchise maximale actuelle ne donnait droit qu'à un rabais de 30% au maximum. Or certaines caisses offrent l'an prochain sur les franchises à 2500 francs des réductions de primes frisant les 50%.

Cette politique de rabais massive pour les très hautes franchises n'a toutefois pas été adoptée par toutes les caisses. Certaines offrent à peine plus de rabais aux franchises de 2500 francs qu'à celles de 1500. C'est le cas d'Assura notamment. Avec une franchise de 1500 francs ou moins, la caisse basée à Pully (VD) reste très souvent l'option la meilleure marché en Suisse romande. Mais pour les franchises plus élevées, elle est rarement la caisse la plus compétitive. A Genève, c'est par exemple une caisse du Groupe mutuel (la Caisse maladie de la fonction publique) qui offre la prime la plus basse avec la franchise à 2500 francs. Dans le Jura, à Bienne et à Berne, c'est la Caisse de santé EGK. Partout ailleurs en Suisse romande, ce sont tantôt Progrès ou Avanex, deux filiales à bons risques du groupe Helsana.

Directeur d'Assura, Jean-Paul Diserens, justifie sa politique de rabais «modérés» sur les franchises très élevées par le fait que «l'effet de frein à la consommation de soins auprès de l'assuré ne s'accroît plus au-delà de 1500 francs de franchise». Accorder des rabais beaucoup plus marqués serait donc «suicidaire». Cela ne fait que faire perdre des recettes à la caisse, sans entraîner de fléchissement substantiel du côté des prestations à rembourser.

«Dumping»

Ces franchises n'en constituent pas pour autant ipso facto de bonnes solutions pour les assurés à ses yeux: si, contre toute attente, un assuré à franchise très élevée devait connaître un grave problème de santé, la note serait très salée. Il aurait à prendre en charge jusqu'à 3200 francs lui-même, soit les premiers 2500 francs de frais, puis la quote-part de 10% sur les frais supplémentaires jusqu'à concurrence de 700 francs.

Selon Jean-Paul Diserens, ses concurrents meilleur marché sur les franchises très élevées pratiquent en réalité du «dumping». Souvent, les primes ne couvrent «pas même le montant que les assurés coûtent à la caisse au titre de la compensation des risques». A Neuchâtel par exemple, un assuré de 30 ans paiera l'an prochain une prime mensuelle de 154,50 fr. chez Progrès, alors que cette dernière devra reverser à la compensation des risques 178,66 fr. pour cet assuré. Perte brute: près de 25 francs par mois. La perte complète est potentiellement beaucoup plus élevée encore puisque ni une participation aux frais administratifs de la caisse, ni d'éventuels coûts de la santé qu'occasionnerait cet assuré ne sont encore pris en compte.

Les pertes sont plus fortes encore sur les assurés de 19 à 25 ans, ceux-ci profitant de primes réduites du fait de leur âge. Et la compensation des risques à verser est encore plus importante puisque l'assuré jeune constitue un meilleur risque. A Neuchâtel, Progrès perdra ainsi 60 francs par jeune adulte en termes bruts l'an prochain. La situation est similaire dans pratiquement tous les cantons romands.

Chez Helsana, on ne souhaite pas commenter publiquement la stratégie de rabais pratiquée. «Nos primes ont été adoptées par l'Office fédéral de la santé publique. Il n'y a rien d'autre à dire», précise laconiquement le chef de la communication du groupe zurichois, Christian Beusch.

Une chose est sûre: ces pertes doivent être financées d'une manière ou d'une autre. Helsana disposant de réserves nettement inférieures aux minima légaux, il faut donc partir du principe que ces pertes ont été intégrées dans les primes payées par les autres assurés.