Rabit Miftari est le premier requérant débouté du canton de Vaud à être reparti volontairement au Kosovo (LT du 01.10.2004), sept ans et demi après son arrivée en Suisse. A l'aéroport de Pristina, il a retrouvé, début octobre, sa famille et celle de son épouse Fikrije. «Nous étions très émus et contents aussi de revenir chez nous, raconte Rabit, et malgré toutes les difficultés, je suis surpris en bien.»

Tout d'abord, ils ont visité la tombe de leur père et beau-père. Et puis, ils ont empoigné leur nouvelle vie sans rancune. Rabit dit simplement qu'il a «changé de disque»: il est devenu citoyen du Kosovo et a reçu son passeport marqué Minuk (l'administration onusienne).

Pas facile de trouver la maison des Miftari à Velekince, un petit village non loin de Gjilan, à l'est de la province. Depuis la guerre, beaucoup de gens sont venus s'installer dans la région, les rues n'y ont pas de nom et les petites maisons en brique rouge poussent comme des champignons après la pluie – et souvent sans autorisation – si bien que les villageois ne connaissent plus tous ces nouveaux visages.

Avant l'hiver

Les parents de Rabit étaient arrivés en 2000 depuis Precevo, la province au sud de la Serbie, habitée par une majorité d'Albanais. Il vient de rendre visite à trois de ses frères qui y vivent toujours. «L'ambiance me rappelle le passé, on voit partout des policiers serbes et des militaires, dit Rabit, franchement, je ne voudrais pas y retourner pour de bon.»

Ses parents avaient acquis une petite maison à Velekince et, étant donné que cinq de ses neuf frères et son unique sœur sont établis à l'étranger, Rabit a reçu en héritage le petit terrain devant la maison familiale, tout juste assez grand pour construire son propre logis. Les fondations sont jetées, deux ouvriers et son frère Fehmi, venu en vacances depuis le Canada, donnent un coup de main.

Rabit espère terminer au moins l'étage du bas avant l'hiver, car à présent, avec sa mère et la famille de son frère, ils sont neuf à s'entasser dans trois pièces. De plus, Fikrije attend un bébé pour fin mai 2005. Mais après leurs années suisses, Rabit et sa femme craignent l'hiver kosovar, car il n'y a qu'un poêle à bois pour chauffer la maison…

Plus cher qu'à Migros

Mais le temps file, presque autant que l'argent. Rabit a reçu 1500 francs au comptant et le reste – «exactement 12 160 francs», dit-il – en matériaux de construction. Les ouvriers demandent 15 à 20 euros par jour, et il faut manger et se déplacer. La vie au Kosovo n'est plus si bon marché, les photocopies, par exemple, coûtent quatre fois plus cher qu'à Migros…

D'ici à janvier, Rabit recevra encore deux versements de la Confédération, 2500 francs au total. Mais ces compensations ne couvrent que la moitié du coût de la maison. Et sans travail, il est impossible d'obtenir un prêt bancaire. Alors, Rabit emprunte de l'argent auprès de ses amis et parents en espérant pouvoir rembourser rapidement.

Trouver du travail, c'est son plus grand souci. L'économie du Kosovo ne fonctionne pas, la plupart des usines sont à l'arrêt, et le chômage atteint 60%. Tout le monde se débrouille et survit surtout grâce au soutien d'un frère ou d'un oncle à l'étranger. Rabit rédige des lettres de motivation et se mettra à la recherche d'un emploi dès que le chantier sera un peu plus avancé. Il est assisté dans ses démarches par l'OIM (Organisation internationale des migrations).

Souvenirs de Suisse

Au siège de Pristina, Vedije Krasniqi, qui gère le bureau de l'emploi, se veut rassurante. Elle a vu que Rabit n'a pas perdu son temps en Suisse. Son diplôme de médiateur culturel communautaire et ses excellentes connaissances du français devraient lui permettre de trouver un bon travail. Bien sûr, les salaires ne dépassent guère quelques centaines de francs par mois.

Mais Rabit n'a pas le choix. Il répète qu'il remercie la Suisse pour tout ce qu'elle lui a donné, même si le fait de devoir partir sans savoir pourquoi l'a blessé. Et s'il a un reproche à faire il concerne l'ambiguïté des autorités: «J'ai vécu sept ans de suspense avec des attestations à renouveler tous les quinze jours. Dans ces conditions, il est presque impossible de trouver du travail. Et à la fin, on vous en veut de ne pas être indépendant financièrement.»