Tous les grands médias suisses avaient dépêché des envoyés spéciaux à l’aéroport de Cointrin à Genève pour relater l’arrivée sur sol suisse de Rachid Hamdani, le Suisse qui a enfin retrouvé la liberté après avoir été retenu plus de 18 mois en Libye. Mais comme tout est tordu dans cette histoire, l’homme d’affaires n’atterrira pas à Genève, mais ce soir à Zurich.

De Djerba, où le Suisse a passé ses premières heures de liberté la nuit passée, Rachid Hamdani a gagné Tunis hier matin. Puis il a été question qu’il prenne un vol pour Marseille. Mais au dernier moment, des tickets ont pu être réservés sur un vol commercial Tunis-Zurich. L’atterrissage à Zurich est planifié ce soir vers 18h. Il n’est pas prévu que le Suisse s’exprime publiquement à son arrivée sur sol suisse. Il sera emmené dans un lieu tenu secret. Des mesures prises pour le protéger des sollicitations des médias et pour protéger ses retrouvailles avec son épouse.

Le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) a organisé son retour de façon aussi discrète que possible aussi pour un motif politique: ne pas froisser Tripoli alors même que l’autre Suisse retenu à Tripoli, Max Göldi, a été placé hier en prison. La Libye s’est toujours défendu de détenir deux Suisses en otage. Officiellement, les ressortissants helvétiques n’étaient que privés de leur passeport et de leur visa, donc de leur liberté de mouvement. Il n’est pas souhaitable, vu de Tripoli, que le Suisse désormais libre soit accueilli et célébré comme un héros. C’est aussi pour cette raison que l’option d’envoyer l’avion du Conseil fédéral le rechercher à Djerba n’a pas été retenue.

De son côté, le Conseil d’Etat genevois a jugé bon de se manifester le jour où un retour à Genève de Rachid Hamdani était de l’ordre du vraisemblable. Il s’est fendu dans l’après-midi d’un communiqué pour se réjouir que l’un des deux ressortissants suisses retenus depuis plusieurs mois en Libye «ait pu retrouver sa liberté de mouvement et qu’il puisse bientôt rejoindre ses proches».

Le Conseil d’Etat genevois a encore précisé qu’«en accord avec la Confédération, il n’y aura pas d’accueil officiel à l’arrivée de M. Hamdani». Les autorités genevoises marchent sur des œufs. Elles sont critiquées par la Libye pour ne jamais avoir sanctionné les policiers auteurs de l’arrestation musclée du couple Kadhafi à l’origine de l’affaire, arrestation jugée illicite par Tripoli. Les critiques les visant ont redoublé après la parution dans la presse genevoise des photos d’identité judiciaire du fils du colonel Kadhafi. L’enquête en cours visant les auteurs de la fuite qui a permis la parution de ces images n’a toujours pas abouti.