Rémy Pagani a le don d'exaspérer les élus de droite. Avec ses positions anti-OMC, ses dépassements de crédits, ou encore sa défense du statut de la fonction publique. Mais cette fois, clament en chœur libéraux et radicaux, le magistrat de la Ville de Genève, membre d'A gauche toute, a dépassé les bornes. Motif: le Département des constructions qu'il dirige a fait paraître dans la Feuille d'avis officielle du 29 septembre un appel d'offres pour les travaux de déplacement des pavillons glaciers, destinés à se rapprocher du bord du Léman. Ceci alors que le crédit n'a pas été voté par le parlement municipal, qui ne se prononcera que mardi prochain.

Recours auprès du canton

«Rémy Pagani engage de l'argent public alors que le crédit n'a pas été voté par le Conseil municipal. Il imagine avoir affaire à une chambre d'enregistrement et outrepasse le débat. Pis: il nie le travail démocratique et ignore les gens qui avaient signé le référendum contre les pavillons de bronze de la Rade», s'emporte Alexandre Chevalier, chef de groupe des libéraux au Conseil municipal.

«La procédure prévoit un délai référendaire de quarante jours après le vote du crédit, mais là, Rémy Pagani a engagé les travaux avant le vote. Soit ses fonctionnaires ont agi hors de la surveillance du magistrat, soit il a voulu aller de l'avant un peu trop vite», renchérit Simon Brandt, chef de groupe des radicaux.

Dans leur communiqué, les deux partis annoncent qu'ils saisiront la surveillance des communes, au Département du territoire, dirigé par le ministre Robert Cramer, et demandent «le retrait immédiat de la proposition». Plus globalement, libéraux et radicaux relèvent que «Rémy Pagani continue à briller par son incapacité totale à présenter un véritable projet de réaménagement de la rade», et qu'il n'y a «toujours pas de chef responsable à la barre du département, apte à faire respecter les lois et procédures en vigueur».

Projet promis pour mardi

Défendus par l'ex-magistrat Christian Ferrazino, les pavillons de bronze avaient fait l'objet d'un référendum, sur lequel les Genevois n'ont jamais voté. Depuis son élection, Rémy Pagani temporise, en promettant un contre-projet, à condition que les élus annulent le crédit de 3,7 millions prévu pour le «projet Ferrazino». C'est sur ce point qu'ils voteront mardi prochain, ainsi que sur un nouveau crédit de un million, nécessaire au déplacement des actuels édicules, en attendant la naissance, puis l'éventuelle réalisation du «projet Pagani».

Le magistrat ne cache pas son mécontentement face à l'offensive de la droite: «Si ces messieurs veulent que les Genevois mangent une fois de plus leurs glaces au bord de la route, qu'ils continuent sur cette voie! De mon côté, j'ai pris mes dispositions pour qu'une fois le crédit voté, le déplacement soit effectué. En commission, ce crédit a fait l'unanimité.» Ne pouvait-il pas patienter jusqu'au vote du parlement? «Non, si j'attendais, le déménagement n'aurait pas pu être effectif pour l'été prochain.»

Rémy Pagani s'estime-t-il dans son bon droit? «Je n'ai pas à vous dire si j'ai violé quoi que ce soit. Il faut que je téléphone à ma juriste puisque c'est mes services qui m'ont conseillé d'agir ainsi», admet l'édile.

Qui promet une surprise au Conseil municipal: «La semaine prochaine, après le vote du crédit, je dévoilerai en primeur aux élus mon projet pour la rade.»