Elections au Conseil d’Etat en 1958

Quand le radicalisme vaudois a entamé sa chute

«Le second tour de scrutin, à la majorité simple, pour l’élection du Conseil d’Etat vaudois, a eu lieu samedi et dimanche, 57% du corps électoral y a participé.

Ont été élus:

MM. Charles Sollberger, socialiste: 33 858 voix;

Arthur Maret, socialiste: 32 672;

René Villard, socialiste: 29 768;

Gabriel Despland, radical: 28 621;

Pierre Oguey, radical: 28 281;

Louis Guisan, libéral: 26 182;

Alfred Oulevay, radical: 25 711.

Ont obtenu des voix:

MM. Albert Brochon, agrarien, 24 835;

Georges Thévoz, libéral: 19 319.

L’effondrement du régime radical est maintenant consommé. Une période nouvelle s’ouvre pour le canton de Vaud.

Le Conseil d’Etat élu il y a quatre ans était composé de quatre radicaux, deux libéraux et un socialiste. […]

En cours de législature, M. Paul Chaudet, élu conseiller fédéral, démissionna, Une élection complémentaire eut lieu. Les radicaux choisirent mal leur candidat [Ernest Pidoux]. Ce fut un socialiste, M. Sollberger, qui l’emporta. La majorité radicale avait vécu.

On sait ce qui s’est passé depuis. Les radicaux, incapables de comprendre les signes des temps, prétendirent reconquérir à eux seuls la majorité absolue. Le 3 mars, avec une netteté accablante, le peuple leur signifia que les temps étaient révolus.

Egarés par la jalousie et l’égocentrisme de tel de leurs chefs, par le défaut de clairvoyance de leur comité, les radicaux crurent se tirer d’affaire en aggravant la rupture avec leurs fidèles alliés libéraux, et en concluant un accord de pure opportunité avec les agrariens.

Cette manœuvre leur a permis de sauver, de justesse, leurs trois sièges.

Le canton de Vaud a ainsi, pour le gouverner, un Conseil d’Etat politiquement hétéroclite, où l’élément paysan n’est plus représenté, et dont plusieurs membres sont las et fatigués; c’est avec cette équipe qu’il va devoir affronter de très ­sérieuses difficultés. La situation ­financière est, en effet, déplorable. Les déficits se succèdent. La dette enfle. Il va falloir, malgré cela, faire face à de lourdes tâches: autoroute [Lausanne-Genève] , enseignement technique, exposition nationale. Une crise est ouverte qu’il ne sera pas facile de surmonter.

Le désarroi radical a frayé la voie aux socialistes. Ils font passer en tête leurs trois candidats. Le troisième, peu connu, et peu marquant, recueille plus de voix que les conseillers d’Etat radicaux chevronnés, dans ce canton où la fidélité aux magistrats est de tradition!

Les libéraux font les frais de la manœuvre radicale. Ils perdent un de leurs deux sièges. Mais ils sortent renforcés de l’épreuve. La netteté de leur attitude et leur ­courage civique ont fortement impressionné l’opinion. Ils ont été seuls à la lutte, ne bénéficiant, officiellement, que de l’appui des chrétiens-sociaux. […]

A longue échéance, les libéraux ne peuvent que bénéficier de ce qui s’est produit. Ils ont fait campagne avec un allant magnifique. Ils ont réuni partout de vastes auditoires. Ils ont recouvré une pleine liberté de critique et d’action. Comme, par surcroît, ils se sont longuement préparés, intellectuellement, en étudiant à fond les problèmes vaudois, en formant de jeunes cadres, ils ont toute raison d’être confiants en l’avenir. »

« Egarés par la jalousie et l’égocentrisme, par le défaut de clairvoyance de leur comité, les radicaux crurent se tirer d’affaire en aggravant la rupture avec leurs fidèles alliés libéraux »

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