Fini le 1er Août 1291, célébrons la Constitution fédérale du 12 septembre 1848! La tribune libre publiée récemment dans l’Aargauer Zeitung par le président de la Jeunesse socialiste suisse (JS), le remuant Cédric Wermuth, a déclenché le courroux des lecteurs. Démarche sincère ou pure provocation? Le vice-président du PS, 24 ans, Argovien de mère lausannoise, estime nécessaire qu’un pays s’interroge sur son passé.

Le Temps: Vous préconisez de remplacer la date du 1er août par celle du 12 septembre, pour commémorer la Constitution de 1848. Pourquoi cette démarche?

Cédric Wermuth: 1848 marque la naissance de la Suisse moderne, la lutte pour la démocratie et la liberté qui s’est poursuivie avec la grève générale de 1918, le mouvement de mai 1968 ou l’émancipation des femmes. Je n’ai rien contre une fête du 1er Août au Grütli. Mais 1291 n’a rien à faire avec la tradition démocratique unique au monde dont nous pouvons être fiers. C’était la Suisse ancienne, féodale.

– Votre démarche a suscité des réactions courroucées outre-Sarine.

– Ces réactions me surprennent. Ma démarche est sincère. Il me semble normal qu’un pays mène ce débat, qu’il s’interroge sur son histoire.

– 1848, c’était la Suisse des radicaux et des révolutionnaires anti-catholiques…

– C’était la naissance de la Suisse libérale. Le PLR d’aujourd’hui n’a rien à voir avec les radicaux de 1848, qui se retourneraient dans leur tombe s’ils entendaient que les libéraux-radicaux actuels se réclament de cet héritage. Les radicaux de 1848 étaient des révolutionnaires.

– Des jeunes socialistes en quelque sorte?

– Surtout plus proches de nous que du PLR. L’acte fondateur de 1848 était un acte d’émancipation, de démocratisation de la politique. Les radicaux d’aujourd’hui sont le secrétariat de la classe économique.

– Vous allez prononcer un discours, ce samedi, dans une commune zurichoise. Pour aller au bout de votre démarche, vous auriez dû y renoncer.

– Pourquoi? Ce n’est pas parce que je suis opposé à la privatisation de Swisscom que je dois changer l’abonnement de mon téléphone portable. Décréter la fête nationale le 12 septembre n’impliquerait pas forcément de renoncer aux célébrations du 1er Août.

– Que signifie le patriotisme pour vous?

– Ce mot ne me plaît pas trop. Il ne désigne pas quelque chose de concret, il est rattaché à des mythes. Or un pays se construit grâce aux luttes qui y ont été menées. Et je suis fier des luttes qui ont été menées en Suisse, pour la démocratie, l’éducation, la liberté. Un pays n’existe pas en soi. Il existe au travers de ceux qui le font.

– Aimer son pays, c’est ringard?

– Non, pas dans ce sens-là.

– Aujourd’hui, les mythes nationaux regagnent en importance. Comment l’expliquez-vous?

– C’est une réaction à la mondialisation néolibérale, à l’insécurité sociale et économique, et à l’isolement du pays sur le plan international.

– La question européenne revient sur le tapis…

– C’est une question qui sera toujours d’actualité. La crise que l’on traverse démontrera à la fin que l’on n’a pas d’autre choix que d’adhérer à l’Union européenne. Il n’est pas possible de faire face aux questions qui se posent dans un monde globalisé si l’on fonctionne en autarcie.

– La direction des Jeunes socialistes a effectué une retraite, le week-end dernier, dans la Maison des libertés, l’auberge du président de l’UDC, Toni Brunner, dans le Toggenburg. Par provocation?

– Non. Nous cherchions un endroit non loin de Wangs (Saint-Gall), où a lieu cette semaine le camp d’été des Jeunesses socialistes. J’avais rencontré Toni Brunner à l’occasion d’une émission de la TV alémanique, le printemps dernier, et nous avons parlé de son auberge. J’ai trouvé l’idée amusante.

– L’endroit vous a plu?

– Oui. Les chambres sont petites, mais très agréables. C’est un peu la Suisse rustique. Nous avons très bien dormi, pour ma part dans la chambre, et donc le lit, de Christoph Blocher. C’est ce que m’a assuré Toni Brunner.

– Vous souhaitiez le remplacement d’un des deux conseillers fédéraux avant les élections de 2011. Qu’attendez-vous du successeur de Moritz Leuenberger?

– Qu’il suive la ligne idéologique du PS, qu’il soit proche du parti, respecté par la population et le parlement. Mais aussi qu’il s’implique dans la campagne des élections fédérales, notamment en prêtant son image au parti.

– C’est précisément ce qu’on a reproché à Christoph Blocher, pour le compte de l’UDC.

– Il n’est pas le seul. C’est ce que font Doris Leuthard ou Eveline Widmer-Schlumpf (ndlr: conseillères fédérales PDC et bourgeoise-démocrate).

– Vous êtes plutôt Jacqueline Fehr ou Simonetta Sommaruga?

– Je ne me prononce pas aujour­d’hui sur les éventuels candidats. Chacune présente des atouts. La Jeunesse socialiste cultive de bonnes relations avec Jacqueline Fehr, mais l’élection de Simonetta Sommaruga permettrait au PS de gagner un ou deux pourcentages au centre en 2011. Mais, de toute façon, je ne suis pas membre du groupe parlementaire.

– Justement, comptez-vous briguer un siège au Conseil national en 2011?

– Le parti cantonal argovien décidera des nominations en octobre 2010. D’ici là, je vais y réfléchir.

– Plutôt oui ou plutôt non?

– A priori, je ne dis pas non.

– Est-ce que vous voulez devenir conseiller fédéral un jour?

– Pour la majorité du parlement actuel, je ne suis pas éligible. Si un jour les majorités changent, je pourrais me poser la question.