«Quand vous aurez suffisamment dégoûté et démotivé celles et ceux qui croient et investissent dans cette réforme, il sera trop tard pour venir vous plaindre de la baisse du niveau, des dérives comportementales des élèves, en clair de la qualité de votre école.» Mardi à la tribune du Grand Conseil, le dépôt de l'initiative parlementaire radicale sur l'évaluation dans l'Ecole vaudoise (Le Temps du 17 janvier) a pris l'allure d'une attaque frontale. Visés? les libéraux, qui récoltent depuis une semaine des signatures pour le retour des notes en classe.

Le député de Prilly Alain Gilléron, maître secondaire lui-même, a saisi l'occasion de manifester «à titre personnel» son ras-le-bol d'enseignant pro-EVM: «Mesdames et messieurs les initiants libéraux, continuez comme ça, et vous aurez créé le plus grand capharnaüm scolaire de suisse.»

Avant cette diatribe, l'élu radical s'était attaché à souligner l'antagonisme fondamental des démarches concoctées par les deux cénacles de droite. Pour lui, «il n'y a pas photo». Dans l'initiative populaire libérale, il a dénoncé un remake du référendum de 1996, qui avait vu le peuple vaudois accepter EVM: «Il s'agit de remettre ce vote en question, et de dépouiller la réforme d'un de ses outils essentiel, l'évaluation sans moyenne.» La solution radicale, préserve à l'inverse cette absence de moyenne: «Elle laisse aussi au parlement et au Conseil d'Etat le soin de trouver une solution politiquement recevable, et rapidement applicable dans le terrain.» Les libéraux, qui saluaient dans leur dernier journal de parti, la démarche radicale ne sont – pour le moins – pas payés de retour. Reste qu'au centre-droit, la défense d'EVM n'est pas monolithique. C'est un autre radical, l'Aiglon Charles-Pascal Ghiringhelli, qui est venu contredire Alain Gilléron en lui opposant l'insatisfaction des parents: «Que vous le vouliez ou non, dans l'école, il faut compter avec les parents.»

Initiateurs de ce débat scolaire, qui promet d'occuper largement le terrain politique de l'année, les libéraux ont choisi mardi de rester en retrait. «Je constate que l'école va mal, qu'elle nous préoccupe tous, même si nous proposons des solutions différentes», s'est bornée à dire leur présidente Claudine Wyssa. Il est vrai que l'heure n'était pas au débat de fond, qui n'interviendra que lorsqu'une commission aura rapporté sur la proposition radicale.

Face à cet intense combat entre cousins, les autres partis se trouvent quasi cantonnés dans le rôle de spectateurs. Au terme d'un comité cantonal qui s'est tenu lundi, les socialistes soulignent «leur perplexité» devant les deux textes. Ils les rejettent l'un et l'autre pour soutenir EVM. Ils souhaitent toutefois qu'un élève faible dans une branche puisse toujours se rattraper dans une autre, et que le rôle de l'évaluation des comportements soit clarifié. Ils demandent aussi une école qui continue à se réformer structurellement pour être moins sélective. Le POP les rejoint sur ce terrain, réclamant «la démocratisation des études».

Aucune formation n'a nié la nécessité d'ouvrir largement le débat scolaire. Le renvoi en commission de l'initiative radicale a ainsi été très largement voté, avec la bénédiction du président du gouvernement Charles Favre, qui a très brièvement pris la parole, en l'absence de la cheffe du Département de la formation, Francine Jeanprêtre, dont la chaise vide avait quelque chose de symbolique.

Des propositions attendues

Les attentes politiques insatisfaites se cristallisent en effet sur les contre-propositions du DFJ, qui sont toujours dans les limbes. Celles-ci devraient représenter un bilan intermédiaire d'EVM, défendre les acquis jugés intouchables, et esquisser les corrections possibles. En principe, ces propositions devraient faire l'objet d'une vaste discussion, et circuler dès la fin du mois auprès de tous les membres de la commission consultative de l'enseignement. Pour Philippe Martinet, coordinateur d'EVM, il s'agit de procéder à des aménagements dès la prochaine rentrée. Ce qui pourrait couper l'herbe sous les pieds des libéraux et des radicaux.