Pierre Kunz en politique, c'est l'esprit Balexert: tout est sur les rayons, emballé, prêt à être consommé. L'homme affiche les prix et le contenu. Il se revendique d'une droite libérale basée sur la méritocratie, la responsabilité personnelle, l'esprit d'entreprise, une droite dure pour laquelle les devoirs passent avant les droits, la liberté individuelle avant la solidarité. Même s'il se situe dans la même mouvance de la droite économique et populaire qu'un Gérard Ramseyer, Pierre Kunz, qui a l'intelligence vive, sait allier le bagout du vendeur de caisses enregistreuses qu'il fut à la fermeté du propos.

Pas de méprise, on ne trouvera pas trace chez ce proeuropéen convaincu de xénophobie ou d'antisocialisme primaire voire de bête mépris pour la cause écologique. L'homme, qui base son discours sur les valeurs traditionnelles, a de quoi répondre aux attentes d'un Parti radical pris de vertige par la progression de l'UDC et qui a fait disparaître son aile sociale et verte. Après le populaire Ducret, les Petitpierre, Rosseli, Tschopp, voici que la retraite de Guy-Olivier Segond laisse sans voix toute une sensibilité intellectuelle, celle d'une droite ouverte, moderne. La relève, les Roger Beer, François Longchamp, Dominique Belli, a renoncé devant le net glissement du parti. Il y a un besoin à droite, pour croire à la victoire, d'un discours ferme, clair et simple: Pierre Kunz y répond, avec quelques bons vieux principes.

Il n'est pas certain pourtant que cela suffise.

A droite, entre libéraux et radicaux, on va se bousculer sur les mêmes plates-bandes, cet automne. Et comme chacun aura du mal à distinguer les siens, l'électeur pourrait bien être tenté de préférer l'original libéral à la copie radicale. Et cela dès l'élection des députés au Grand Conseil. Pris en sandwich entre libéraux dominants et démocrates-chrétiens en progression, les radicaux pourraient bien ne pas être autorisés par leurs alliés à présenter deux candidats. A moins que les hommes-sandwichs ne décident de se dévorer entre eux.