«Maintenant c'est clair, le parti sait à quoi s'en tenir et j'espère que cela va susciter des vocations», souligne Floriane Ermacora, la présidente des radicaux genevois. Pour mettre fin à des mois d'incertitude, le parti avait poussé le conseiller d'Etat Guy-Olivier Second à faire connaître ses intentions plus vite que l'intéressé ne l'avait d'abord souhaité.

Lundi, à la date butoir du 28 août, le magistrat a annoncé sa décision: il ne sollicitera pas de quatrième mandat. La question de sa succession peut dès lors être évoquée ouvertement. «Il y a les noms dont on parle et ceux qui ne sont pas encore sortis, relève la présidente. Par chance, nous avons le temps d'évaluer sereinement la situation.»

Du temps, le parti radical va en avoir besoin. Car, 14 mois avant les élections cantonales de l'automne 2001, tout reste à faire pour tenter de réussir une succession délicate. Qui pourra remplacer un magistrat ayant la carrure de Guy-Olivier Segond, personnalité ancrée au centre gauche tout en étant capable de rassembler les différents courants du parti? Comment recréer le duo gauche-droite ou ville-campagne, auquel les militants radicaux sont très attachés et que l'actuel président du gouvernement cantonal constitue avec son collègue Gérard Ramseyer? «La transition n'a pas été préparée, note un militant du parti. Il est clair que pour le moment, il n'y a personne pour succéder à GOS.»

Ce n'est pas qu'il n'y ait aucun papable dont le nom circule. Ni même de candidats ayant d'ores et déjà manifesté leur intérêt. Mais la petite liste de successeurs potentiels que l'on peut dresser aujourd'hui suscite au sein même du parti plus de perplexité que d'adhésion.

A commencer par les deux noms désignés par Guy-Olivier Segond lui-même comme «indéniablement les meilleurs» dans une interview à la Tribune de Genève. François Longchamp a été secrétaire du parti genevois, avant de devenir le bras droit du magistrat sortant, comme secrétaire général du Département de l'action sociale et de la santé (DASS). Après avoir tenu durant un an la chronique politique genevoise au Temps, il a rejoint une banque privée. Il déclare ne pas être intéressé par le poste. Dominique Belli, professeur à la clinique de pédiatrie, est également un bon connaisseur du département. Il a été député, contrairement à François Longchamp, lequel n'a jamais été élu. «Je laisse à M. Segond la responsabilité de ses propos», souligne Floriane Ermacora, qui précise que «les poulains du ministre ne figurent pas sur la liste des radicaux contactés par la direction du parti».

Pour Mme Ermacora, la candidate idéale serait la conseillère aux Etats François Saudan. Populaire, compétente, femme, sa candidature s'imposerait. Seulement voilà. Celle qui avait à l'époque été écartée au profit de Gérard Ramseyer préfère finir sa carrière politique en beauté, comme future présidente de la Chambre des cantons. Il faudra beaucoup pour la convaincre.

La priorité

Il y a d'autres papables sous la Coupole fédérale. Toujours candidat à tout, le vieux routier John Dupraz a une certaine aura agricole. Mais le futur vice-président de l'Union suisse des paysans ne fait pas l'unanimité dans son parti, où d'aucuns préfèrent le savoir à Berne qu'à Genève. Egalement citée, Madeleine Bernasconi a bien réussi dans sa commune de Meyrin. Elle siège à la BCGe, au conseil de l'aéroport et a remplacé Peter Tschopp au National, mais n'a guère laissé de souvenirs comme députée.

Sur la scène purement cantonale, deux noms circulent. A la droite du parti, celui de Pierre Kunz. Le directeur du centre commercial Balexert représente la droite économique, passe pour irascible et peu enclin aux concessions. A gauche, celui de Roger Beer. Ce député, chef du Service des espaces verts de la Ville de Genève, est un proche de Guy-Olivier Segond. Il arrive au bout de ses trois mandats au Grand Conseil, et se dit intéressé.

Les noms de Daniel Ducommun, longtemps maire de Bernex et actuel président du Grand Conseil, et de Floriane Ermacora sont aussi parfois mentionnés.

Il appartient maintenant à toutes les bonnes volontés que la situation pourrait encourager de montrer de quoi elles sont capables. Mais le parti l'admet: la priorité des élections sera de renforcer sa présence au parlement, où il ne dispose plus que de 14 sièges sur 100, ce qui le met en état de surreprésentation à l'exécutif avec ses deux sièges actuels.

Les prétentions des trois partis de l'Entente risquent en outre de mettre celle-ci à rude épreuve. Il est pratiquement acquis que les radicaux genevois auront des primaires. Le premier round aura lieu le 23 novembre. Ce jour-là, l'assemblée des délégués désignera ses candidats au Grand Conseil, parmi lesquels, selon l'usage, les futurs candidats au gouvernement devraient figurer.