La centrale à gaz de Genève verra-t-elle le jour? Dans le monde politique, à droite comme à gauche, des voix s'élèvent pour dénoncer le projet des Services industriels de Genève (SIG), dont la mise en service est prévue pour 2011. La salve lancée par les radicaux suscitera sans doute un vif débat: comme l'a appris Le Temps, les députés du parti ont rédigé un projet de loi constitutionnelle pour interdire la construction d'une centrale à gaz sur le territoire cantonal «et dans le voisinage». Le texte va même plus loin: il prohibe l'installation de toutes les «centrales électriques alimentées grâce à des énergies non renouvelables». Ce qui condamne le fuel, le charbon et le nucléaire, ce dernier étant déjà exclu à Genève.

«Moins nocif que le mazout»

Le projet qui hérisse avait été présenté par les SIG en février 2007 sous l'appellation technique de «centrale chaleur-force», puisqu'elle vise à produire à la fois de l'électricité et de la chaleur. Selon les calculs des SIG, le dispositif représente un investissement de 200 millions, dont 120 millions pour la construction de la centrale au Lignon, dans la commune suburbaine de Vernier. Dans nos colonnes, le ministre de l'Energie, le vert Robert Cramer, déclarait alors: «C'est une idée qui a du sens» (LT du 2.2.2007). Aujourd'hui, son parti fustige le projet, à l'instar des radicaux.

Selon les SIG, la centrale permettrait au canton de produire 40% de l'électricité qu'il consomme, contre 25% actuellement. Et d'étendre le réseau de chaleur à distance: les zones de Vernier, Meyrin et des Charmilles seraient raccordées. «On remplacera le mazout par du gaz, moins nocif, souligne Christian Brunier, directeur du pôle innovation et communication des SIG. Chaque fois qu'un client passe du mazout au gaz, on réduit de 25% les émissions de CO2.» De plus, le CO2 émis par la centrale sera compensé par des projets d'économies d'énergie et de développement d'énergies renouvelables, assure-t-il.

Une salve d'arguments

Il en faudra toutefois plus pour convaincre le président des radicaux genevois. Egalement conseiller national, Hugues Hiltpold est bien décidé à mener le combat contre la centrale à gaz jusqu'au bout. «Notre projet de loi constitutionnelle sera déposé en juin au parlement et, s'il est adopté, le peuple devra voter.»

Le texte des députés radicaux aligne les arguments contre le projet. Du point de vue environnemental, d'abord, «la centrale à gaz produira des milliers de tonnes de CO2 qui iront polluer l'air des Genevois». Par ailleurs, «les centrales à gaz utilisent plusieurs tonnes de produits chimiques». Finalement, le modèle nécessite «plusieurs millions de litres d'eau pour son refroidissement»: rejetée dans le Léman, l'eau réchauffée nuira à la faune aquatique.

Les radicaux s'inquiètent aussi des conséquences économiques d'une centrale à gaz qui nécessiterait «des millions de mètres cubes» de gaz naturel pour fonctionner. Or, la Suisse n'a «aucun moyen» de produire du gaz, et serait dépendante de pays «pas forcément stables» comme la Russie ou l'Iran, relève Hugues Hiltpold. Autres griefs: les nuisances «intolérables» que subirait la population des communes avoisinantes. Sous les plumes de Gilles Petitpierre et de Thomas Büchi, le parti dénonçait vendredi dans son organe «l'incohérence» d'un canton qui a voté une résolution en faveur d'une société à 2000 watts, tout en prévoyant de construire une centrale à gaz.

Condamnant d'un coup le nucléaire et le gaz dans leur projet, les radicaux admettent qu'ils peinent à proposer une alternative: «C'est un éternel problème», glisse Hugues Hiltpold. Mais il estime tout de même qu'il y a beaucoup à faire par rapport aux économies d'énergie, car «les bâtiments sont responsables de 40% de la déperdition d'énergie».

Prudence de Robert Cramer

Les radicaux ne sont pas seuls à être mécontents. Présidente des Verts genevois, la députée Anne Mahrer n'est «clairement pas favorable» au projet des SIG. Du moins, «tant que l'on n'a pas mis en œuvre toutes les économies d'énergie possibles». Elle estime qu'il faudrait plutôt «investir les millions dans le renouvelable». Son appréciation n'est pas, pour l'heure, partagée par le PS: son président, René Longet, ne veut «pas condamner d'emblée» le projet. Les radicaux tenteront de convaincre leurs alliés de l'Entente de les suivre.

De son côté, le ministre Robert Cramer est plus prudent qu'en 2007: vendredi, il se contentait de répondre que ses services étudient le projet.

Les SIG sont confiants: ils déposeront leur demande d'autorisation de construire en juillet. Selon Christian Brunier, «quand les gens entendent parler de gaz, ils sont hostiles. Mais quand ils prennent connaissance de notre projet, ils changent d'avis.»