Le cadavre politique de Gerold Bührer n'était pas encore froid qu'une vague de «merzomanie» submergeait le Parti radical suisse. Qui eût cru que Hans-Rudolf Merz serait un jour l'objet d'une manifestation aiguë du syndrome de l'homme providentiel? Dès mercredi après-midi, la succession paraissait réglée. La direction n'attendait qu'un signe de l'intéressé pour introniser Hans-Rudolf Merz à la présidence, pour un intérim qu'une assemblée des délégués ne pourra que transformer en nomination définitive au début janvier. La question n'était même pas posée d'un appel de candidatures. La direction du parti a voulu régler avec la même célérité l'élimination de Gerold Bührer et son remplacement. Et, à en croire la presse alémanique de jeudi, le choix de Hans-Rudolf Merz paraît faire à ce stade l'objet d'un large consensus.

Au début 2001, Hans-Rudolf Merz était déjà sur les rangs pour la présidence. Il avait renoncé de lui-même et Gerold Bührer avait été élu. Cet automne encore, lorsqu'on évoquait la perspective d'une démission de Kaspar Villiger, le nom de Hans-Rudolf Merz avait spontanément fait surface. Il apparaissait comme le champion naturel de l'aile droite du parti et le candidat à une continuation scrupuleuse de l'œuvre du ministre des finances. Avec lui, aucune concession hasardeuse à l'Union européenne n'eût été à craindre. Extrêmement suspicieux envers toute politique d'ouverture, il a été l'âme des manœuvres qui ont conduit au refus de tout contre-projet à l'initiative «Oui à l'Europe». S'il a été favorable à l'adhésion à l'ONU, c'est après mûre réflexion, en se laissant convaincre que la neutralité n'était pas touchée.

L'Appenzellois est aussi proche des positions de l'UDC, voire plus, que ne l'était Gerold Bührer. En d'autres temps, on aurait crié au loup, à la dérive vers la droite du Parti radical. Aujourd'hui, il apparaît comme le bon choix pour permettre aux radicaux de résister mieux à l'UDC. La différence entre Gerold Bührer et Hans-Rudolf Merz est que le premier adoptait des positions proches de celles de l'UDC par peur et par opportunisme, alors que le second le fait par conviction. Le Schaffhousois voyait le monde au travers du seul filtre de l'économie, l'Appenzellois est un politicien conservateur classique, qui tire ses convictions d'une culture politique bourgeoise.

Hans-Rudolf Merz est ce qu'on peut appeler une valeur sûre, qui ne promet ni ne menace d'aucune surprise, avec juste un zeste d'indépendance d'esprit pour relever un positionnement politique qui sans cela serait trop austère. Il a notamment été mandaté dans les années 80 par Stefan Schmidheiny, le premier «eco-entrepreneur» de l'économie suisse, pour suivre sur plusieurs continents des projets dans le domaine des matériaux de construction. C'est un esprit curieux qui n'hésite pas à s'engager sur des terrains inattendus. Résolument engagé «dans» l'économie, il ne fait pas figure d'homme «de» l'économie comme l'était Gerold Bührer. Il a pris soin de conditionner sa candidature à l'assurance de pouvoir conserver ses mandats, dont en premier lieu la présidence du conseil d'administration de l'assurance Helvetia Patria. Il est également membre du conseil d'administration du groupe Huber +Suhner et de celui de SIG. Démontrant par là un sens politique certain, il a également demandé que le parti examine toute autre candidature. Le conseiller national lucernois Georges Theiler, qui présente un profil politique assez semblable, a déjà annoncé, jeudi, qu'il était intéressé. Hans-Rudolf Merz ne saurait mieux assurer sa légitimité de futur président qu'au travers de la concurrence de candidatures alibi.