Il y a un peu plus d'un an, le PDC publiait à l'issue de son congrès de Genève un document sur les réformes à mener en matière de formation professionnelle. En post-scriptum, il se targuait d'être «le seul parti «bourgeois» qui traite le sujet de manière approfondie et compétente». «Le premier», rectifient aujourd'hui ses membres: un mois après que le chef du groupe PDC aux Chambres, le Genevois Jean-Philippe Maitre, a renchérit en proposant d'allouer une partie de l'or de la BNS à l'amélioration du système d'enseignement, les radicaux entrent dans la danse. Samedi à Pfäffikon, l'assemblée des délégués du PRD a voté un document proposant des pistes pour réformer l'enseignement suisse à plusieurs niveaux. Si les propositions restent vagues, elles n'en confirment pas moins l'intérêt croissant des partis du centre pour un thème longtemps considéré comme la chasse-gardée de la gauche. Un intérêt qui semble largement s'expliquer par la chute d'un tabou: désormais, enseignement et économie ne doivent plus se regarder en chiens de faïence. Au contraire, il faut collaborer.

La teneur des lignes directrices proposées par les radicaux témoigne de ce changement. En dehors de l'égalité des chances, l'harmonisation des systèmes cantonaux et la lutte contre la violence dans les écoles, le document insiste notamment sur l'accès aux technologies informatiques et aux langues, sur la sensibilisation des filles aux branches scientifiques ainsi que sur une meilleure collaboration entre systèmes d'enseignement privé et public. Coût évalué de ces mesures: mystère. «Il n'en a pas été question lors de cette assemblée, précise le porte-parole du PRD Guido Schommer. En été dernier néanmoins, la cheffe du groupe, Christine Beerli, l'avait estimé à un demi-milliard.» Une charge que la Confédération – compte tenu de l'amélioration de ses finances et malgré la nécessité de rembourser la dette – peut assumer, «d'autant que les cantons ont aussi leur rôle à jouer».

A la fois comme syndic de Vevey et comme conseiller national, le radical Yves Christen considère ce document comme un instrument de travail appréciable: «Il montre à chaque élu, des communes au Conseil fédéral, ce qu'il peut entreprendre à son niveau. Ça commence par l'harmonisation des horaires scolaires avec ceux de la commune voisine.» Le fait que son parti fasse de la formation un thème politique majeur ne l'étonne pas vraiment: «Avec la stabilisation des finances fédérales, nous avons perdu un créneau. Il fallait occuper un nouveau terrain.» Au PDC, on a aussi une explication: «Dans beaucoup de cantons, l'instruction publique est gérée par les partis bourgeois», remarque Jean-Phippe Maitre.

«Dialectique positive»

Au-delà, un argument plus fondamental met les deux députés d'accord. La formation n'est plus le domaine réservé de la gauche, parce qu'il faut désormais la concevoir autrement: «Il faut renoncer à cette vision soixante-huitarde selon laquelle, pour être efficace, l'enseignement doit rester déconnecté de l'économie», dit Jean-Philippe Maitre. Yves Christen renchérit: «Avec la reprise, les PME sont confrontées aux lacunes de la formation professionnelle. La pénurie de personnel adapté à leurs besoins d'une part, les chômeurs qui restent sur le carreau d'autre part, témoignent des erreurs commises.» Ce constat, ainsi que l'expérience des offices cantonaux de l'emploi qui ont dû aider les chômeurs à s'adapter aux besoins des entreprises durant la crise aurait, selon Jean-Philippe Maitre, révélé l'urgence d'une meilleure adéquation entre filières et marché de l'emploi.

Mais cette évolution n'est pas sans danger, estime Yves Christen, qui met son parti en garde: «A force de vouloir à tout prix fournir des spécialistes à l'économie, on court le risque de se retrouver très vite avec des gens qui ne sauront plus répondre aux besoins changeants et imprévisibles du marché.» La présidente de la Conférence romande des chefs de l'Instruction publique Martine Brunschwig Graf ne pense pas autrement: «A l'école obligatoire au moins, il s'agit d'acquérir une culture générale, pour s'insérer avant tout dans la société, éventuellement dans la vie professionnelle. Sans compter que les entreprises elles-mêmes demandent des connaissances de base solides.» Pour autant, elle ne s'inquiète pas, estimant qu'à ce stade, cette «dialectique» qui s'installe entre univers scolaire et économique est «positive».