En avril 1995, les délégués du Parti radical réunis à Interlaken avaient décidé de faire de l'adhésion à l'UE un objectif stratégique. Il y a deux ans et demi, en prélude aux dernières élections fédérales, le PRD allait même plus loin, en élaborant une «vision pour 2007» incluant une Suisse intégrée dans l'Union. A travers ce document, les radicaux entendaient «ouvrir de nouveaux horizons en dépassant l'obsolète schéma gauche-droite» et ainsi «renouer avec leurs racines révolutionnaires», expliquait le président du parti, Franz Steinegger, en octobre 1998.

On connaît la suite. Traumatisé par la percée électorale de l'UDC en 1999, le parti a procédé à un recadrage complet en Suisse alémanique, commençant à prendre la respiration de l'UDC sur des thèmes de plus en plus nombreux. Du relèvement de l'âge de la retraite à la baisse des impôts en passant par la politique d'asile (dans une moindre mesure) et l'Europe. D'objectif stratégique à concrétiser d'ici à 2007, l'adhésion à l'UE a ainsi de facto été redégradée à une simple «option parmi d'autres», à côté de l'Alleingang, de la poursuite de la voie bilatérale et d'un EEE II. Options qui ont du reste toutes fait le plus sérieusement du monde l'objet de hearings cette semaine devant une commission du Conseil des Etats. Durant l'été dernier, ce revirement s'est traduit au parlement par le rejet sans appel du groupe radical non seulement de l'initiative «Oui à l'Europe!» – qui ne fait pourtant que concrétiser la «vision 2007» – mais même de tout contreprojet, aussi dilué soit-il.

Dans ce contexte, on ne pouvait que s'attendre à un rejet massif de l'initiative dite des jeunes par les délégués du parti réunis samedi à Olten. Or, s'il y a bien eu rejet, le résultat a été beaucoup plus étriqué que prévu. 98 délégués (contre 133) ont en effet apporté leur soutien à «Oui à l'Europe!», ce qui représente la coquette proportion de 42,5% de oui. Quand on sait que les initiants espèrent arriver à un taux d'acceptation d'au moins 40% le 4 mars, ce vote de la base radicale est un signe pour le moins encourageant.

Le signe est d'autant plus remarquable qu'aux Chambres fédérales, l'initiative n'avait été approuvée que par trois radicaux (sur 61). Même le contre-projet n'avait été soutenu que par un tiers du groupe – les Latins pour l'essentiel. Ces derniers ne cachaient du reste pas leur satisfaction samedi d'avoir réussi à drainer dans leur camp une part non négligeable des délégués alémaniques (environ une cinquantaine, soit un quart à un tiers). Certes, un clivage linguistique existe, mais il n'est pas tel qu'il permette de soutenir plus longtemps dans les rangs radicaux alémaniques que «l'europathie» est une simple maladie romande.

Les avis étaient partagés sur la question de savoir si le long débat qui a précédé le vote samedi avait influencé de façon notable l'issue du scrutin ou si les opinions étaient faites d'avance. Les partisans de l'initiative ont en tout cas occupé le terrain de manière remarquable. Au point que le conseiller national vaudois Yves Guisan s'est mis à rêver de victoire, croyant percevoir pendant le débat que «l'assemblée est en train de tourner». La Zurichoise Lili Nabholz, qui a renoncé à rejoindre le comité parlementaire de soutien à l'initiative après avoir subi des pressions internes, a fait l'une des interventions les plus applaudies en appelant les radicaux à cesser de se diviser sur la question du moment adéquat comme ils le font «depuis 10 ans». «Il est temps de savoir enfin quel est le menu. Pour cela, il faut entrer en négociations», a-t-elle lancé. La Vaudoise Christiane Langenberger, dont le soutien à l'initiative n'était pas acquis il y a quelques mois encore, s'est elle aussi engagée sans ambiguïté. Dans un discours dense, ciselé sur mesure pour les indécis, le président des radicaux vaudois, Yves Christen, a opté pour un registre pédagogique et étayé plutôt que pour l'envolée euro-euphorique. Rappelant la décision d'Interlaken et «Vision 2007», il a insisté sur le fait que «les radicaux peuvent éviter de se renier sans crainte de trahir leurs électeurs». In fine, le choix de chaque délégué est «une affaire de conscience», a-t-il résumé.

Il est vrai que les partisans de l'initiative ont eu affaire à une opposition palote. Les ténors de l'euroscepticisme radical se sont prudemment tenus à l'écart du débat, laissant des seconds couteaux aller exposer les rengaines étriquées habituelles du camp dit «raisonnable» du non (laisser toutes les options ouvertes, risque d'empiétement sur les compétences du Conseil fédéral, respect de la volonté populaire après les bilatérales). La seule intervention véritablement consistante a été celle, concluant les débats, du ministre de l'Economie, Pascal Couchepin, dont Le Temps a publié de larges extraits (Le Temps du 13 janvier). Elle a probablement coûté quelques voix en dernière minute au camp du oui en fournissant aux délégués fondamentalement europhiles des arguments solides pouvant justifier un vote négatif.