«Au nom de Dieu tout puissant»: ainsi débute solennellement la Constitution valaisanne. Elle date de 1907 et a été modifiée, de manière ponctuelle, à une vingtaine de reprises. Hormis le Jura, dont le texte est récent, le Valais est le seul canton romand à ne pas avoir entrepris de réforme globale de sa Constitution. Pourtant, à plusieurs reprises durant ces dernières législatures, les députés radicaux – Adolphe Ribordy en tête –, ont tenté de faire passer un tel projet. Mais sans succès face à la majorité démocrate-chrétienne.

Aujourd'hui, le nouveau groupe du Parti radical, issu des élections de mars dernier, revient à la charge avec le soutien des radicaux haut-valaisans et des libéraux. Pour le chef du groupe, François Gianadda, juriste de Martigny, il s'agit de défendre lors de la session de septembre au Grand Conseil une initiative parlementaire demandant la révision totale du texte constitutionnel, qui contient un peu plus d'une centaine d'articles.

Si en 96 ans la moitié des articles ont été modifiés, il n'en reste pas moins que la Constitution valaisanne contient bien des anachronismes, soit dans la forme, soit dans le contenu. Ainsi trouve-t-on au titre premier, dans les «Principes généraux» un article consacré à «l'assurance du bétail», à «l'enfance malheureuse» et aux «œuvres de bienfaisance»; plus loin, art. 5, «nul ne peut être distrait de son juge naturel», termes aujourd'hui pour le moins incompréhensibles. «Au sujet de la protection ouvrière, nous trouvons même des références à des textes de 1882», note François Gianadda. De plus, certaines dispositions ne sont plus du tout respectées, comme l'art. 18, qui dit que l'Etat doit favoriser l'établissement d'hôpitaux de district, alors que toute la problématique actuelle va dans le sens inverse. Ou encore que l'amortissement de la dette publique est déclaré obligatoire et doit être opéré par annuités régulières. Avec l'endettement actuel, qui a triplé en dix ans, on doit constater que la Constitution est régulièrement violée.

Les radicaux regrettent aussi que la Constitution valaisanne manque singulièrement de garanties au sujet de l'égalité, de l'intégration des étrangers, des jeunes ou sur la liberté d'opinion, de l'art, de la science et des médias: «Il y manque les principes fondamentaux et les buts, et la systématique du texte est aujourd'hui déplorable.»

La question a évidemment déjà été portée devant le Grand Conseil valaisan. Lors d'une dernière session, le chef du Département de la sécurité et des institutions, Jean-René Fournier, avait répondu que la Constitution valaisanne avait fait l'objet de révisions sectorielles successives, qui la voient réactualisée à 60%. «M. Fournier a peut-être raison de vouloir garder la Constitution valaisanne telle qu'elle est: pour les historiens c'est une aubaine!», avait répondu le député Albert Bétrisey.

«Nous estimons indispensable d'avoir, après cent ans, une nouvelle vision d'ensemble du texte, renchérit le chef du groupe radical. Les autres cantons romands l'ont fait, la Confédération aussi. Au coup par coup, ce travail est impossible. Par ailleurs il s'agirait au début du XXIe siècle d'un travail mobilisateur pour le canton. Dans ce sens, je pense qu'il faudrait créer une constituante qui intègre les députés et les milieux politiques, mais aussi d'autres milieux culturels ou sportifs, à l'exemple du travail effectué dans le canton de Vaud.»

Les radicaux espèrent que le travail législatif puisse aboutir en 2007, pour marquer le centenaire et, par là même, la fin du texte existant. Mais la résistance démocrate-chrétienne s'annonce comme une question de principe. Il ne reviendra pas à un groupe minoritaire de lancer une réforme historique.