Franz Steinegger a été réélu vendredi par acclamation à la présidence du Parti radical. L'Uranais entame ainsi sa douzième année à la tête du parti et un quatrième mandat, qu'il ne mènera sans doute pas à son terme. L'idée de manœuvre des radicaux est de lui trouver un successeur qui puisse prendre les choses en main à temps pour préparer les élections fédérales de 2003. Le choix s'avère toutefois difficile et, si Franz Steinegger fait preuve d'une pareille longévité, c'est bien parce qu'il est difficilement remplaçable.

Elu en avril 1989, il venait alors de manquer une élection au Conseil fédéral. Franz Steinegger vivait en concubinage et, à l'époque, c'était encore un obstacle insurmontable. Les Chambres lui préférèrent donc Kaspar Villiger pour succéder à Elisabeth Kopp, contrainte à la démission. L'Uranais s'est alors progressivement imposé comme l'un des hommes forts de la politique fédérale. Sa stature a encore pris de l'envergure depuis le départ des duettistes Pascal Couchepin et Peter Bodenmann, l'un pour le Conseil fédéral, l'autre pour l'exil valaisan. Il est devenu à la fois l'homme providentiel pour son propre parti et un pôle incontournable et respecté dans le jeu complexe des relations entre les partis gouvernementaux.

Il faut un profil peu banal pour faire cohabiter les différents courants du Parti radical et en particulier apaiser les conflits entre les casques d'acier de la droite économique alémanique et les centristes romands. Sans toujours parvenir à éviter les drames, comme ce fut le cas récemment à propos de l'assurance maternité, Franz Steinegger a au moins réussi à en limiter les dégâts. On peine à discerner aujourd'hui un successeur qui afficherait les mêmes qualités intégratrices. Le Schaffhousois Gerold Bührer, dont le nom a été souvent cité, est clairement identifié comme un représentant de la droite dure et son seul nom suffit à hérisser le poil des Romands. Il a été élu vendredi au comité directeur en compagnie du Lucernois Georges Theiler et de l'Argovienne Christine Egerszegi, elle aussi candidate potentielle à la succession. Certains accusent Franz Steinegger d'avoir fait le vide autour de lui et découragé les prétendants plus ou moins déclarés pour faire la place à un ou une représentant(e) de la génération suivante, qui aurait juste le temps de s'imposer d'ici à la mi-législature. Mais on ne voit pas encore pour l'instant d'étoile montante et l'on ne saurait exclure que Franz Steinegger conduise lui-même une fois de plus le parti pour les prochaines élections fédérales.

L'autre qualité qui fait de l'Uranais un homme providentiel est son habileté à maintenir le cap du Parti radical dans la tempête qui sévit à l'intérieur du camp gouvernemental. Comparés à Franz Steinegger, le démocrate du centre Ueli Maurer et le démocrate-chrétien Adalbert Durrer, comme la socialiste Ursula Koch, font pâle figure. Ils n'ont ni l'autorité ni le sens de la manœuvre du président radical, qui a su résister aux pressions et aux provocations de Christoph Blocher, sans pour autant donner de gages aux socialistes. Franz Steinegger a su garder son sang-froid lors de la dernière élection du Conseil fédéral, où les radicaux auraient pu être tentés de récupérer le siège d'Adolf Ogi. Tout en refusant d'entrer dans la polémique dans laquelle l'UDC tente d'attirer les radicaux, il a durci suffisamment les positions radicales vers la droite, notamment en matière fiscale, pour lui faire pièce.

Le discours qu'il a prononcé vendredi devant l'assemblée des délégués à Pfäffikon (SZ) illustre bien sa volonté de maintenir le parti dans une ligne sans concessions à la gauche comme à la droite populiste. Franz Steinegger a dénoncé comme dépassée et vide de sens la controverse sur le socialisme et le fascisme initiée par Christoph Blocher, tout comme les «instruments de l'extrémisme politique qui parasitent la vie politique suisse». En même temps, il a insisté sur la nécessité d'appliquer le concept de développement durable également aux assurances sociales, en «sortant du cercle vicieux des mensonges et des promesses de paradis social». Et, comme pour bien montrer qu'elle se préoccupe des vrais problèmes d'avenir, l'assemblée radicale consacre une large part de ses travaux, qui se poursuivent ce samedi, à la politique de formation.