C'était net et au premier tour. Claude-André Fardel a été élu jeudi soir à Bex nouveau président du Parti radical vaudois. Portant jeunes ses 54 ans, l'ancien syndic de Novalles, un village du Nord vaudois dans lequel il exploite son domaine agricole, a été désigné par 166 voix contre 105 à son concurrent, René Perdrix, 60 ans, le préfet tout juste retraité du même district de Grandson.

Claude-André Fardel avait été le premier à se déclarer, l'été dernier, tout rougissant de son audace. Nombre de personnalités en vue du parti s'étaient défilées. Puis il était devenu l'outsider, après l'entrée dans la course de René Perdrix. Que pouvait faire le très discret député, pratiquement inconnu en dehors de son coin, contre le doyen des préfets, coprésident de la Constituante, habitué des missions de sauvetage – des économies Orchidées à la planification hospitalière – et vivante incarnation du radicalisme d'Etat?

Contre Fardel s'était formé un front suscité par deux inquiétudes différentes. Aux doutes sur les qualités du candidat pour le rôle se joignait la crainte de le voir devenir, au-delà de convictions personnelles pas vraiment affirmées, le jouet d'une droite cherchant à stopper la collaboration entre radicaux et socialistes en plein essor au niveau du gouvernement. C'est surtout la présence d'Olivier Feller derrière le candidat qui inquiétait ceux qui soutiennent le gouvernement. Neinsager de la politique vaudoise, coauteur avec le libéral Philippe Leuba d'un recours au Tribunal fédéral contre le plan d'assainissement (en raison des hausses fiscales qu'il contient), le député Feller travaille de surcroît au Centre patronal. Celui-ci ferait-il, à travers le nouveau président, de l'entrisme au Parti radical?

La victoire de Claude-André Fardel est donc aussi celle de ceux qui le soutenaient, eux aussi marqués plutôt à droite, comme le président des communes vaudoises, Pierre Grandjean, ou la députée Isabelle Moret, qui connaît le discours de l'élu comme si elle l'avait écrit elle-même. La défaite de René Perdrix est aussi celle de personnalités importantes du parti, comme Armand Rod, le président de la Commission des finances, ou Michel Mouquin, le chef du groupe radical au Grand Conseil, qui le soutenaient. Plus indirectement, elle ne manquera pas d'être interprétée comme un signe de défiance envers les conseillers d'Etat Pascal Broulis et Jacqueline Maurer. Leur ancien collègue Charles Favre est quant à lui très satisfait de l'élection de Claude-André Fardel, un choix qui incarne à ses yeux «un espoir de redémarrage assez fort» pour le grand vieux parti.

Claude-André Fardel n'a pas l'habitude d'afficher des opinions ni d'entraîner les autres. Il est plutôt de ceux qui ne disent jamais rien mais qui n'en pensent pas moins. Dans la campagne non plus, il n'a pas dit grand-chose. Mais il a dit ce que visiblement le congrès voulait entendre: le Parti radical ne doit pas forcément se rallier derrière le gouvernement.

Lent à partir, et sans aucune fougue, trop sûr sans doute aussi de l'emporter, René Perdrix a fait une moins bonne campagne alors que, coaché par ses partisans pour ses interventions, Claude-André Fardel s'est montré très actif. L'ancien préfet de Grandson a aussi commis des fautes. Surtout en se montrant d'emblée plus gouvernemental que le gouvernement. «Il s'exprime comme un candidat au Conseil d'Etat, pas comme un candidat à la présidence d'un parti», l'a mouché Charles Favre lors d'un échange de propos aigres avec René Perdrix dans le quotidien 24 heures.

L'orientation plus droitière dont l'élection du nouveau président semble témoigner demande à être vérifiée. Une partie de la base radicale s'est cabrée en voyant que le plan d'assainissement contenait des hausses d'impôts. Mais le nouveau président lui-même a voté ces mesures. Quant au budget 2005, il ne devrait pas poser de gros problèmes au centre droit. Les premiers mots de Claude-André Fardel après son élection: «C'est la période des semis. L'hiver, il ne se passe rien, mais j'espère que les radicaux pourront en récolter les fruits.»