Les notes vont probablement faire leur réapparition dans l'école vaudoise juste après avoir été supprimées dans la foulée de la réforme EVM (pour Ecole vaudoise en mutation) qu'approuvaient deux tiers des citoyens en 1996. Telle est la principale hypothèse qui se dégage d'une situation politique désormais confuse autour d'un enjeu qui a toujours été passionnel en pays vaudois.

En décembre dernier, les libéraux annonçaient le prochain lancement d'une initiative populaire pour le rétablissement des notes. «Nous ne remettons pas en cause EVM, insiste le secrétaire Olivier Rapin, mais nous demandons une solution aux problèmes que soulève la mise en application de cette réforme, notamment le flou entourant l'évaluation.»

Mardi, à la surprise générale, les radicaux ont brûlé la politesse à leurs cousins de l'Entente en déposant une initiative – parlementaire cette fois – sur le même sujet. Opportunisme? Le président du groupe radical Eric Golaz s'en défend: «A une bonne question, le Parti libéral apporte une mauvaise réponse. La voie qu'il a choisie exige au minimum deux ans pendant lesquels un débat sur ce point sensible pénalisera l'école. Nous réfléchissons à cette question depuis des mois déjà, et notre proposition peut entrer en vigueur à la rentrée d'automne 2001 déjà.» Le vice-président du parti Pascal Broulis est convaincu qu'elle «peut dégager une majorité au Grand Conseil».

A comparer les deux textes (voir encadré), on y lit davantage qu'une divergence tactique: une vraie faille idéologique. S'ils ne le disent pas ouvertement, les libéraux ne réclament pas seulement le retour aux notes, mais celui aux moyennes. «Je vois mal l'utilité des premières sans les secondes», confirme le député Philippe Leuba. En cela, il suit le directeur du collège (libéral) André Demaurex, en rébellion ouverte contre le Département formation et jeunesse (DFJ) à quelques mois de sa retraite anticipée. «L'objectif d'être «partout satisfaisant» me paraît inadmissible, déclare ce dernier. Je crois qu'un individu peut exceller dans une branche en se révélant médiocre dans une autre, et qu'une moyenne offrant des compensations le respecte davantage qu'un pédagogisme qui veut tout niveler.»

Tout autre avis que celui d'Alain Gilliéron, président de la commission enseignement du Parti radical: «Le rétablissement de moyennes mène tout droit à l'abandon du dossier d'évaluation individualisé.» Or ce dernier reste à ses yeux un acquis fondamental et positif d'EVM qu'il s'agit de défendre. Le communiqué radical apporte d'ailleurs un soutien clair aux principaux objectifs de la réforme, ce qui fait dire à Jean-François Steiert, conseiller personnel de la cheffe du DFJ Francine Jeanprêtre (socialiste): «Nos positions et celles des radicaux ne sont pas si éloignées que cela.»

Un compromis au centre-gauche déviera-t-il l'attaque libérale? Avant de l'affirmer, il faudrait connaître les ajustements d'EVM que le département est prêt à consentir après une étude interne qui vient de s'achever. Les téléphones ont chauffé ces derniers jours, les séances se sont multipliées. Philippe Martinet, en charge du dossier au DFJ et député vert, admet qu'«il faut répondre à la demande des parents qui veulent une information précise et préparer les adolescents à affronter un monde compétitif». Concrètement, une réintroduction des notes à partir de la 7e année entraînant ipso facto la fusion des critères d'évaluation informative et certificative semble une concession envisageable dans l'entourage de Francine Jeanprêtre. Cela dit, Philippe Martinet n'en affichait pas moins sa grimace hier après-midi au Grand Conseil face à la proposition radicale, et le Parti socialiste «s'étonnait» dans un communiqué de la «précipitation radicale certainement due à une tentative de rattrapage de leurs cousins libéraux».

Il faut dire que la gauche, EVM et Francine Jeanprêtre n'ont pas été à la fête au législatif. Si les députés ont classé un postulat de la libérale Janine Panchaud qui envisageait carrément un moratoire dans l'application d'EVM, ils l'ont fait non sans acerbes critiques à la cheffe de département et avec de très nombreuses abstentions.