Le premier tour des élections cantonales fribourgeoises devait clarifier la situation. Raté! Au lendemain du scrutin, plutôt que de retomber, la tension est montée d'un cran. Au centre de toutes les spéculations, un homme: Jean-Claude Cornu. Gonflé à bloc par son excellent score, le candidat libéral-radical au Conseil d'Etat semble déterminé à forcer le destin lors du second tour (LT du 05.11.2006).

Tractations serrées

En clair, l'invité surprise de la droite veut tenter de ravir un des deux sièges socialistes au gouvernement. Au grand dam de ses alliés PDC, qui souhaiteraient qu'il se retire au nom de la proportionnalité des forces politiques. Les partis ont jusqu'au mercredi 8 novembre à 12h pour déposer une éventuelle deuxième liste. D'ici là, les tractations vont être serrées.

Tombés tard dans la nuit de dimanche à lundi, les résultats du vote pour le Grand Conseil compliquent la donne. Avec 37 sièges (sur 110), contre 19 aux radicaux, les PDC trouvent un argument supplémentaire pour forcer le bouillant préfet de la Glâne à renoncer. Leur scénario: confirmer, de façon tacite, la composition actuelle du gouvernement (3 PDC, 1 PLR, 2 PS et 1 indépendant). Une solution qui présente l'avantage, à leurs yeux, de respecter le poids réel des socialistes (25 sièges au parlement).

Ce raisonnement n'émeut guère Charly Haenni, président du PLR: «Les deux scrutins doivent être dissociés. L'élection du Conseil d'Etat se déroule à la majoritaire. Le peuple choisit une personnalité plutôt qu'un parti. Or il a écarté les socialistes des sept premières places. De quel droit peut-on maintenant l'empêcher de choisir ceux qu'il veut porter au gouvernement?»

Le PDC aura de la peine à s'opposer à cette logique, d'autant plus que le troisième larron de la droite, l'UDC, va donner un coup de pouce au PLR. Gonflés à bloc par leur progression au Grand Conseil (+2 alors que le nombre de sièges est passé de 130 à 110), les agrariens ont décidé lundi de maintenir la candidature de leur «poulain» Pierre-André Page, qui, en terminant onzième au 1er tour, s'est qualifié de justesse pour la seconde manche.

«Si l'UDC reste dans la course, je ne vois pas pourquoi Jean-Claude Cornu devrait se désister», lance Charly Haenni.

Des règles qui changent

Le principal intéressé est encore plus explicite: «Ce qui me dérange, c'est qu'on change les règles en cours de partie. Si le raisonnement était qu'il ne fallait pas prendre un siège aux socialistes, alors il fallait le dire clairement avant de conclure l'alliance», fait remarquer Jean-Claude Cornu, nettement moins sur la réserve que dimanche soir. C'est que l'homme se sent soutenu: «Je reçois un nombre considérable d'encouragements m'incitant à aller au second tour», assure-t-il.

Chez les PDC, l'heure est à la circonspection. Le président Emanuel Waeber voudrait encore croire que le PLR renoncera, pour laisser le champ libre à une élection tacite de leur candidat Georges Godel, ainsi que du sortant Claude Lässer et des deux socialistes Erwin Jutzet et Anne-Claude Demierre - qui devancent clairement le 3e PS, Jean-François Steiert. «Nous devons encore négocier», lâche-t-il, peu convaincu. Il confirme en outre qu'en cas de second tour, le PDC, qui pourrait théoriquement présenter deux prétendants, ne partira qu'avec le seul Georges Godel.

Solange Berset, présidente du PS, avoue quant à elle ne pas comprendre l'ambition de Jean-Claude Cornu. «Nous sortons renforcés des élections au Grand Conseil, alors que chez les radicaux, c'est la débandade. Comment peut-on prétendre à un deuxième siège au gouvernement quand on perd autant de suffrages?» demande-t-elle. En cas de scrutin, la socialiste a toutefois confiance en l'union sacrée des forces de la gauche pour préserver ses deux strapontins gouvernementaux.

Ce à quoi Jean-Claude Cornu répond: «Si je n'arrive pas à leur prendre un siège, tant pis. Je n'ai pas de problème à perdre devant le peuple. Mais, pour cela, il faut que celui-ci puisse voter.»